Et la vie va...
Voilà maintenant plus de trois mois que je suis installé au Japon, et ma nouvelle vie continue à se mettre en place. Le quotidien est nourri de petites choses ordinaires que je savoure comme des petits bonbons, des petits riens qui donnent une saveur sucrée à la vie de tous les jours.
Par exemple, jusqu'ici, les seules fois où j'avais vu des faisans, je crois bien que c'était dans des livres d'images ou dans des boites de conserve sous forme de pâté. A Nagareyama, on peut voir des faisans se poser dans des jardins au bord de la route, pépère, comme de simples moineaux. On peut voir aussi des papillons gros comme des moineaux, et c'est beau. A Akihabara, j'ai vu un homme qui promenait son canard en laisse. Akihabara, c'est un quartier de Tôkyô où je vais souvent me balader, car comme c'est le terminus de ma ligne de train, c'est pratique, et sorti de ma campagne, c'est toujours jubilatoire de me retrouver propulsé au milieu des néons et de l'univers pop du Japon dans toute son exubérance électrique.
Je vous ai déjà parlé des différences entre la culture française et la culture japonaise. Les surprises sont partout, la découverte est constante. Par exemple en France, je n'ai jamais vu de femme sur un chantier. Ici, elles ne sont pas nombreuses, mais il y en a. C'est aussi à travers ce genre de petit détail du quotidien que je me sens dépaysé. Chaque matin, à chaque pas que je fais, je suis dans un monde nouveau.
En ce moment, c'est la saison des pluies, il pleut presque tous les jours. Un peu comme en France au printemps, en été, en automne et en hiver, quoi. Mais il ne fait pas froid. Dès le matin, il fait même souvent assez chaud, de cette chaleur moite et lourde qui me rappelle vaguement la Guyane. Ce n'est certes pas l'Amazonie, mais le climat est loin du climat continental de la France. L'autre soir, je suis allé à un piquenique nocturne dans le parc Yoyogi, à Harajuku. Je vais souvent à des soirées internationales pour me créer un nouveau réseau social, rencontrer du monde, pratiquer mon japonais et accessoirement mon anglais. En quittant les lieux, je n'en finissais pas d'apprécier le vent chaud malgré l'heure tardive, et l'atmosphère qu'il soufflait sur le parc. Un air de vacances, sauf que maintenant, c'est ma vie, c'est mon quotidien. Comme dans la chanson, j'avais envie de dire bonjour à n'importe qui, mais bon c'était l'heure de rentrer.
Vous êtes nombreux à me demander si je fais des progrès en japonais. En toute logique, je suppose que j'en fais, mais rien de fulgurant. Il n'y a pas un moment où je me suis dit : "Ah, je sens que je m'améliore." Par contre, il y a souvent des moments où je sens le besoin de m'améliorer. Quand je vais à la poste par exemple. C'est toujours pas gagné, ça (pour mémoire, voir l'article daté du 6 mai). Le bureau de poste a beau être climatisé, je me tape de sacrées suées à chaque fois que j'ai une démarche à y faire. Et je sens bien que le personnel de la poste aussi est pris d'angoisse à chaque fois que je mets les pieds chez eux. La préposée au guichet est très serviable et elle fait tous les efforts qu'elle peut pour se débarrasser de moi le plus vite possible, mais je vois bien ses mains qui tremblent quand je lui tends mes formulaires raturés. Le directeur, lui, il va directement se réfugier derrière la photocopieuse dès qu'il me voit entrer, et il me fait coucou de loin avec un sourire craintif. C'est qu'ils commencent à bien me connaitre, à la poste, je dois être le seul gaijin (l'étranger) du quartier. Allez, la prochaine fois, je claque la bise à la préposée. Nan, je déconne, c'est pas le genre de la maison.
J'ai arrêté de compter les tremblements de terre. C'est pas qu'il y en a tant que ça, mais ça devient vite banal, une petite secousse qui fait vibrer les murs. Sauf une fois. Là, j'ai compris ce que c'était vraiment, un tremblement de terre, et je faisais pas le malin. Déjà, ça a bien duré au moins 6 ou 7 secondes, c'est-à-dire le double d'un séisme normal, et puis c'était beaucoup plus intense que d'habitude. L'alarme de mon téléphone s'est déclenchée, un truc assez anxiogène avec une voix qui répète en boucle "Earthquake, earthquake..." Dans toute la ville aussi, j'entendais les sirènes. Mais apparemment, pas de dégât, pas de victime, rien que du normal. Ceci dit, le lendemain, une collègue qui habite pas loin de chez moi m'a quand même avoué que celui-ci pouvait être qualifié de "gros" tremblement de terre, et que ça n'arrive pas si souvent.
J'adore passer devant la gare qui dessert l'hotel de ville de Nagareyama. Je n'ai emprunté le train qui y conduit qu'une seule fois, c'est un minuscule tortillard géré par la municipalité, et il n'y a pas de guichet automatique à la gare, vous donnez votre ticket directement à un contrôleur. Sur le panneaux, les horaires des trains sont inscrits à la main. La gare me fait penser à celle d'un western, je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être parce que comme les cowboys de l'époque de la conquête de l'Ouest, j'ai l'impression de me trouver au bout du monde. Et de m'y sentir chez moi...