dimanche 13 septembre 2026

We are the robots

 C'est un lieu commun que de dire que le Japon est le pays des robots, mais il y a du vrai dans ce cliché. Je ne vais pas vous présenter une étude exhaustive sur cette thématique, il faudrait de toute évidence y consacrer un livre complet et je ne suis pas compétent sur ce sujet, bien qu'il soit passionnant. Ceci dit, j'aborde rapidement ce thème dans le chapitre consacré au Tōkyō du futur dans le livre que je viens de publier. Le post d'aujourd'hui n'a pour seul but que de reprendre et développer rapidement ce que je présente dans mon livre, non pas comme un travail de recherche, mais tel que j'en suis témoin dans ma vie quotidienne, soit témoin de visu, soit à travers mes lectures (c'est de toute façon la ligne directrice de ce blog).


Histoire de faire un peu sérieux quand même, rappelons tout d'abord que la culture japonaise, imprégnée de shintoïsme, prête facilement une âme aux objets inanimés, et les objets inanimés à effigie humaine, statues ou poupées par exemple, s'avèrent bien sûr des supports idéaux pour que l'homme, avide de croyances, les imagine dotés d'une conscience. Et si l'objet inanimé s'anime, automate ou robot, donc, la frontière entre humain et chose s'estompe encore d'avantage. Au Japon, le robot n'est pas qu'un gadget amusant voire infantile destiné à agrémenter des récits de fiction pour nous faire rire ou nous faire peur. C'est un à-côté de l'homme, voire un miroir.

C'est dans le creuset de cet imaginaire qu'a pu naitre Astro, le petit robot aussi connu sous le nom d'Astroboy, sous l'habile pinceau du maitre Osamu Tezuka, fondateur du manga moderne.
Depuis, le robot a pris bien des formes, y compris dans la vie bien réelle. Un des chercheurs précurseur dans la matière est le professeur Hiroshi Ishiguro, célèbre pour avoir créé un humanoïde à son image. Il s'agit là de recherche expérimentale, mais il est possible de rencontrer des robots en action en ville. Il y a quelques années, dans certains magasins, les clients étaient accueillis par Pepper, un petit robot blanc capable de fournir des renseignements de base. Aujourd'hui, les robots sont très répandus dans les family res, sortes de cafétérias, et en particulier dans l'enseigne Gusto (prononcé "gasto"). Ces robots se présentent sous la forme d'étagères roulantes munies d'un écran représentant un visage de chat. Quand Bellabot (c'est son nom) s'arrête devant votre table, vous n'avez qu'à prendre votre plateau et appuyer sur le bouton, Bellabot s'en retourne alors en cuisine.
Un autre type de robots qu'il est de plus en plus courant de croiser, ce sont les robots-vigiles. Equipés de caméras, ils déambulent de façon autonome en observant ce qui se passe autour d'eux. D'après ce qu'on m'a dit, les images qu'ils captent sont retransmises à un poste de sécurité, où on imagine qu'en effet, un agent peut ainsi surveiller plusieurs sites à la fois.

La chaine d'hôtels Henna Hotel (ce qui signifie littéralement "hôtels étranges") s'est faite une spécialité des technologies dernier cri, et l'accueil y est assuré soit par des robots, soit par des espèces d'hologrammes. Il y a même un de ces établissements où on trouve, à la réception, non pas des robots humanoïdes mais des dinosaures !
Quant à Shibuya Keiichirō, un musicien dont je suis le travail depuis de nombreuses années, il utilise à présent un robot chef d'orchestre pour diriger ses œuvres, c'est impressionnant.
Moins anecdotique mais pas moins insolite, les robots sont de nos jours utilisés pour assister le personnel des milieux hospitaliers ou des maisons de retraite, par exemple pour aider les patients et pensionnaires à sortir du lit, ce genre de choses.
Mais pourquoi tant de robots ? Parce que la population dégringole ! Le cout de la vie est tellement élevé que les Japonais ne font plus de bébés. Le résultat, c'est qu'il n'y a plus assez de monde pour travailler. L'immigration augmente, certes, mais elle ne représente pas un élément constitutif de la culture locale. Ce n'est pas que les Japonais n'aiment pas les étrangers, mais... disons, pour parler poliment, qu'ils n'y sont pas habitués et qu'ils préfèrent souvent les voir repartir dans leur pays. Les robots, par contre, comme on l'a vu plus haut, sont totalement intégrés à la culture nippone.
On privilégie donc les robots aux humains, même si ça fait bizarre de le dire comme ça.


Vers où tout cela nous mène-t-il ? On peut avoir un aperçu de l'avenir de la robotique au musée du futur, dans le quartier d'Odaiba. Asimo (qui tient son nom d'Isaac Asimov, célébrissime auteur de SF ayant publié, entre autres, le Cycle des robots) est un petit robot aux poses adorables, mais qui ne ressemble à rien d'autre qu'à un robot. Dans ce même musée, les robots humanoïdes sont troublants et nous plongent au cœur de la vallée de l'étrange, appelation qui désigne ce malaise qu'on ressent en présence de quelque-chose qui ressemble à un humain mais qui n'en est pas un. Enfin, je n'en ai jamais vu de mes propres yeux, mais je sais qu'il existe un robot bipède qui associe la fluidité des mouvements et de la démarche d'Asimo et le réalisme des visages humanoïdes issus de la recherche fondamentale. Et je n'aborde même pas le sujet de l'intelligence artificielle, qui, intégrée dans une telle machine, n'en finira pas de questionner notre humanité et notre avenir.
Mais avant de conclure, je me dois de vous dire aussi que les Japonais, à la pointe du progrès, utilisent toujours le fax...

1 commentaire:

  1. Oui, il y aurait des choses à écrire sur le rapport des cultures aux machines. Ton expression "un à-côté de l'homme" me rappelle un phénomène qui m'avait marqué au Japon: la présence d'automates et de distributeurs de tout et n'importe quoi partout dans l'espace public: boissons, gadgets en tous genres, tickets pour boire une soupe ou lancer des shuriken sur un stand de fête foraine... Sauf qu'en France, quand tu mets un automate quelque part, tu remplaces de la main d'œuvre humaine. Au Japon, il y a(vait, ça fait bientôt 10 ans...) toujours quelqu'un qui était là, un préposé aux automates, posté pas loin et prêt à te donner un coup de main si besoin est, là aussi la machine comme "un à-côté de l'homme" donc, bien vu !
    W.

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