J'aime écrire, vous le savez, et outre ce présent blog, je me suis déjà commis dans quelques textes qui n'ont pas soulevé un enthousiasme général. Mais qu'importe, j'aime l'acte d'écrire. L'approbation d'éventuels lecteurs constitue un prolongement du plaisir d'écrire, son absence n'enlève cependant rien à ce plaisir. Mais là, pour la première fois, une grande maison d'édition a manifesté un intérêt pour mon travail. Mes écrits vont ainsi être publiés, et mon lectorat va considérablement s'élargir.
Laissez-moi vous raconter cette expérience depuis le début.
Quand je travaillais à Paris, j'avais une collègue avec qui je m'entendais très bien, Mumu. Lorsque j'ai quitté la France, c'est à elle que j'ai proposé de prendre ma place à l'association japonaise où je donnais des cours. Depuis, on est restés en contact, on se donnait des nouvelles de temps en temps, et je sais qu'elle faisait partie des rares lectrices de ce blog. Un jour, Mumu m'a annoncé qu'elle venait visiter le Japon en compagnie de sa femme, Isabelle, que je ne connaissais pas, et m'a demandé si on pourrait en profiter pour se voir.
J'étais très content de retrouver Mumu et de faire la connaissance d'Isabelle. Je les ai donc guidées un peu dans la capitale, fait découvrir quelques restaurants, quelques quartiers. Isabelle m'a dit qu'elle était éditrice, spécialisée dans les beaux livres. J'ignorais alors que ce terme désignait un genre précis, les livres grand format, à la présentation particulièrement soignée, offrant autant de place aux illustrations qu'au texte.
Bien des années plus tard, Gründ, la maison d'édition où Isabelle travaille, a décidé de lancer une série de guides sur les grandes villes du monde, les deux premières destinations retenues étant Paris et Tōkyō. Alors qu'Isabelle se demandait à qui elle allait confier la rédaction de ce dernier, Mumu lui a suggéré : "Pourquoi tu ne demanderais pas à Ludo ?" Isabelle a donc regardé mon blog, et il faut croire qu'elle a apprécié ce que j'y publie puisqu'elle m'a contacté, et voilà comment je me suis retrouvé embarqué dans ce projet.
On a eu quelques échanges de mails et quelques réunions avec ses collaborateurs (en ligne, bien entendu), pour détailler le concept. Le but n'était pas de concurrencer les spécialistes du guide touristique comme le Guide du routard ou le Lonely Planet, qui font déjà très bien le job dans leur catégorie. Il s'agissait de développer une approche plus portée vers les arts et la culture, de partager la vie culturelle de la cité vue de l'intérieur. Combien de fois, lors de ces réunions, le mot "lifestyle" a-t-il été prononcé ! Il s'agit bien d'un guide 'touristique", mais qui ne contient pas une longue liste de restaurants ou d'hôtels, ni d'indications pratiques sur la façon de prendre le train ou ce genre de choses (je ne snobe pas du tout ce type d'informations, mais ce n'était pas l'angle de l'éditeur). Le livre se présente plutôt sous forme d'une déambulation thématique. Quoi qu'il en soit, la démarche de Gründ s'accordait assez bien à ce que je sais produire.
A leur demande, j'ai soumis une liste d'une quinzaine de thèmes, afin de constituer quinze chapitres, qui a été acceptée sans discussion.
Isabelle appréciait aussi mes photos, et elle m'a proposé d'illustrer le livre. J'ai envoyé quelques images que j'avais en stock pour faire des essais, mais le problème, c'est que toutes mes photos sont prises avec un smartphone, et que pour un beau livre, la qualité n'était pas suffisante. L'équipe a alors cherché un photographe français (ou au moins francophone, de façon à communiquer plus facilement) au Japon, mais n'a trouvé personne. Ils m'ont demandé si je connaissais un photographe, même amateur, qui pourrait participer à ce projet, et justement, j'en connaissais un, de l'époque du 80's Café (un café-langue que je fréquentais il y a quelques années). Je l'ai contacté, et il s'est montré intéressé pour nous rejoindre. Son travail a convaincu l'éditeur, et c'est ainsi que lui a été confiée la partie illustration. Et il se trouve que ce photographe se prénomme aussi Ludovic !
Puis je me suis mis au travail. D'arrachepied. D'octobre 2025 à février 2026, j'ai consacré mes moindres plages disponibles à la rédaction. Je n'avais plus que ça en tête. Au fur et à mesure qu'ils étaient terminés, j'envoyais mes textes au responsable (Nicolas, à qui Isabelle avait délégué la réalisation du livre), qui les relisait et m'envoyait des suggestions de modifications. C'était assez étrange pour moi, et assez nouveau : j'étais habitué à n'écrire que pour moi-même, j'avais toujours été le seul maitre à bord de mes textes. C'était la première fois que quelqu'un avait un droit de regard sur mes créations. Enfin non, pas tout à fait : à l'époque - il y a cent ans me semble-t-il - où j'étais adaptateur dans le doublage (je rédigeais les versions françaises de dialogues de séries télé), mes clients pouvaient aussi m'imposer leurs exigences, et c'était souvent la bagarre. Là, les choses se sont passées de façon beaucoup plus smooth. On était vraiment dans le travail d'équipe, dans la négociation et le respect mutuel. On avait tous à cœur de produire un objet final de qualité, et il fallait, en tout cas pour moi, parfois mettre mon orgueil dans ma poche pour modifier mes écrits. Tant pis si ma personnalité transparaissait moins, le cap à garder était le livre.
Une fois mes textes validés, je les faisais suivre à Ludovic le photographe, de façon à ce qu'il puisse prendre des images s'accordant, autant que possible, à mes écrits. Il y en a de sublimes.
Enfin, j'ai terminé dans les délais qui m'étaient impartis, comme on dit. J'ai poussé un grand ouf, et je n'avais plus qu'à attendre. L'équipe devait non seulement finaliser la composition graphique, mais il restait aussi tout le travail de traduction (le livre sortira en même temps en langues anglaise et allemande, d'autres langues suivront peut-être), et bien sûr, la fabrication physique du livre.
Voilà, maintenant, c'est fait : le livre est imprimé, et j'en suis très content. Heureux. Comblé.
Si vous aimez lire ce blog, vous devriez aimer lire le livre. Même s'il est évidemment beaucoup moins personnel, ma subjectivité y est tout à fait assumée. Mon style est sans doute un peu policé, mais les thèmes que j'aborde et le regard que je porte sur Tōkyō ne diffèrent en rien de ce que j'ai toujours écrit sur ce blog. 90% de ce que j'ai rédigé pour le livre provient de mes connaissances personnelles : ce que j'ai vu, ce que j'ai lu, ce que j'ai fait, ce que les Japonais m'ont raconté, etc. Les 10% restants sont le fruit de recherches sur internet, ou d'ajouts de l'éditeur.
Le livre est en précommande sur les sites habituels (Fnac, Amazon, etc.), et il sortira en librairie en octobre. J'espère que le résultat vous plaira. Même si je sais que mes écrits ne déclenchent que très peu de réactions, n'hésitez pas à me donner vos impressions. Ça m'aidera à affiner mon travail au cas où on me proposerait de participer à un nouvel ouvrage !
(Pour une raison de droits, je ne peux pas vous montrer ici
de photos extraites du livre. Les images illustrant ce billet
sont donc issues de mes archives, choisies un peu au hasard.)










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