mardi 3 janvier 2017

Akemashite omedetô !
Les fêtes de fin d'année se terminent. Au Japon, le Jour de l'An est traditionnellement une fête de famille, mais il arrive qu'au lieu de rester à la maison, on décide de célébrer l'évènement par un matsuri, une fête traditionnelle (pour mémoire, vous pouvez consulter l'article du 17 juillet, sur les matsuri). Pour ma première Saint Sylvestre en terre nippone, je suis donc allé avec quelques amis, français et japonais, assister au matsuri d'Ôji, un quartier au nord de Tôkyô.
Ce matsuri a la particularité d'être consacré au renard, qui est considéré comme un animal mythologique, auquel on attribue des pouvoirs magiques. Le renard, messager du dieu Inari, peut être soit bienveillant soit mal intentionné, et peut prendre une apparence humaine, en particulier pour jouer des tours aux hommes. Rien de tel qu'un matsuri pour le célébrer et s'attirer ses bonnes grâces.
Quelque soit le costume, kimono traditionnel ou moderne, faisant référence au renard ou pas, les participants arborent presque tous un masque et/ou un maquillage de renard. Je précise que le signe que beaucoup font avec la main n'a rien à voir avec le signe de ralliement des hard-rockeurs mais il figure une tête de renard.
Les photos et vidéos que voici vous donneront une petite idée de l'ambiance, mais il faut vraiment le vivre pour bien ressentir ce que c'est. Assister à un matsuri, c'est une expérience unique.
Le cortège commence par une marche assez solennelle, c'est très impressionnant, comme vous pouvez le constater sur cette vidéo. En plein milieu de la nuit, c'est presque angoissant.
Puis c'est le défilé de tous les participants. Il y a des danses traditionnelles, les enfants participent autant que les adultes.

Contrairement à ce qu'on voit souvent, dans ce matsuri, il n'y a pas de mikoshi (les autels portatifs) à faire défiler, mais on transporte à la place une statuette de renard.
Juste avant minuit, tout comme en Occident, on fait le décompte des secondes, pour s'écrier en chœur "Akemashite omedetô gozaimasu !", l'équivalent de notre "Bonne année !". Pas d'embrassade généralisée, on est au Japon. Sauf pour ma bande de copains et moi, et je pense qu'on a dû se faire un peu remarquer à tous se prendre joyeusement dans les bras sur le trottoir !
Tout le monde se retrouve ensuite au temple, bondé, où on peut entendre un concert de musique traditionnelle. A défaut d'autre mot, j'appelle ça un concert, mais le véritable propos n'est pas de faire ou d'écouter de la musique, car sans qu'il s'agisse d'une cérémonie, la dimension religieuse est très importante. Les sonorités peuvent paraitre très dissonantes à nos oreilles d'Occidentaux, mais dans la fraicheur de la nuit, on se laisse facilement envelopper par cette ambiance étrange, hypnotique. On assiste également à la danse du lion, tradition que j'avais déjà vue à Hong Kong. Quand les célébrations se finissent, on peut aller se faire, littéralement, mordre la tête par le lion, ça porte chance pour l'année (et ça fait même pas mal !).
On profite d'être au temple pour prier. On peut aussi tirer un omikuji, une baguette de divination grâce à laquelle on peut prédire ce qui vous attend pour l'année qui s'ouvre. Je n'ai pas encore tiré mon omikuji pour cette année, mais quand je l'ai fait lors de ma visite au Japon l'année dernière, on m'avait prédit "une année propice aux déménagements", alors que rien n'était encore fixé pour moi... Deux mois plus tard, je revenais au Japon, et pour y poser mes valises pour de bon cette fois-ci. Quel déménagement !
Les festivités terminées, nous sommes allés au karaoke avec les gens qui nous avaient invités au matsuri, une vingtaine de personnes en tout. On a chanté jusqu'au matin, c'est ça aussi, le Jour de l'An au Japon. Et je peux vous dire que les Français n'étaient pas ceux qui chantaient le moins, votre serviteur en tête... En japonais, en anglais, je ne suis pas le dernier à m'époumoner, et quand il y a (c'est rare) une chanson en français, ça donne ceci :
Je vous rappelle que les compétences artistiques ne sont pas prioritaires au karaoke, vous serez donc priés de juger ma performance à l'énergie consacrée plutôt qu'à mes qualités vocales !...
Très bonne année à vous tous, chère famille et chers amis, akemashite omedetô !

jeudi 29 décembre 2016

Merî kurisumasu !
...qu'on peut écrire encore "melii kulisumasu", c'est la japonisation de l'anglais "Merry Christmas", et en japonais aussi, bien sûr, ça veut dire "Joyeux Noël". Car si le japonais n'a pas de mot spécifique pour cette fête, c'est qu'il s'agit, tout comme pour Halloween (voir l'article daté du 5 novembre), d'un évènement importé de l'Occident. Et tout comme pour Halloween, les raisons pour lesquelles Noël trouve aussi bien sa place au Japon sont essentiellement commerciales. Cependant, il faut avouer qu'en Occident également, Noël ne conserve que difficilement sa dimension religieuse, écrasée sous la fête de la consommation. Au final, Noël au Japon et en France ne diffèrent pas tant que ça...


Dans un cas comme dans l'autre, Noël est évidemment synonyme d'illuminations. Dans les quartiers animés, on décore les arbres, les façades, les jardins... On trouve plusieurs marchés de Noël, souvent liés à la culture allemande, comme cette tour en bois (qui devrait évoquer pas mal de choses chez mon ami Wandrille !), car ici, on oublie moins qu'en France que la tradition de Noël trouve beaucoup de ces racines en Allemagne (je ne le savais moi-même pas très bien !). Le "Doitsu Center" de la photo l'affiche clairement : "Doitsu" signifie "Allemagne".
Mais globalement, Noël reste pour les Japonais une fête européenne, où la France a aussi sa place, surtout la France à l'ancienne, la Gaule, quoi ! Quant au "Gaulois sucre", c'est juste un problème d'accent, il faut bien lire "sucré".
On retrouve la figure du Père Noël un peu partout, pas différent du nôtre, et le sapin est toujours l'arbre de Noël, avec ses guirlandes et ses boules. On boit du vin chaud, pas mauvais, et on peut manger du stollen, ce délicieux gâteau alsacien. Il y a même des crèches, mais je ne sais pas dans quelle mesure les Japonais connaissent l'histoire du christianisme. Après tout, si cette fête sert aussi à se cultiver, pourquoi pas.


















En fait, la principale différence entre un Noël français et un Noël japonais, c'est que Noël n'étant pas traditionnel ici, ce n'est pas une fête de famille, c'est plutôt quelque-chose qu'on partage entre amis, voire en couple. Les cadeaux ne sont pas aussi institutionnalisés qu'en France, et le coup des chaussures devant la cheminée encore moins. Par contre, à l'inverse de ce qui se passe en Europe, le Jour de l'An est un évènement familial important, et c'est plutôt ce jour-là que la famille se réunit.


Quant à moi, histoire de ne pas trop oublier quand même mes racines, j'avais acheté une guirlande et trois boules, un mini-sapin qui s'illumine, et hop, c'est Noël à la maison !


samedi 17 décembre 2016

Le mont Tsukuba
Je continue à découvrir la nature japonaise... Ma ligne de train s'appelle Tsukuba Express car le terminus est la ville de Tsukuba, à une petite heure de Tôkyô. Pour une fois, j'ai donc emprunté le train dans l'autre direction, tournant le dos à Akihabara (l'autre terminus, en plein cœur de la capitale) pour prendre le vert. La ville de Tsukuba fait déjà ville de province : il n'y a pas vraiment de grande tour, les boulevards sont beaucoup plus larges, plus aérés. C'est un centre universitaire important, et je crois que le cargo qui vient de ravitailler l'ISS a été conçu (ou construit ?) par les chercheurs de Tsukuba. Depuis la gare, on prend un bus pour rejoindre le mont Tsukuba, qui fait partie des "cent montagnes célèbres du Japon", les cent montagnes considérées comme les plus belles. Le mont Tsukuba est la plus petite de ces montagnes (877 mètres), et se gravit donc assez facilement.
L'ascension commence comme il se doit par la traversée de quelques toriis.

On peut faire un petit détour par le temple pour se recueillir.
La balade est tout en sous-bois, ça embaume le pin, ça fait un bien fou ! C'est un peu dur mais pas trop, juste ce qu'il faut pour en profiter, suer un bon coup et respirer un grand bol d'air frais. Le jour où j'y étais, il y avait une compétition et tout une bande de furieux montaient en courant ! Moi j'avais envie de prendre mon temps, et j'ai mis 1h30 pour arriver là-haut.
Sur cette photo ci-dessous, vous pouvez apercevoir des randonneurs en bas, ça vous donne une idée de la taille des arbres.
Arrivé au sommet, il faisait un froid de canard, mais le grand beau Soleil était bien agréable. Et le paysage, c'est la récompense. On aperçoit même Tôkyô, loin, très loin à l'horizon. Et le soir, en redescendant, j'ai vu un coucher de Soleil sur le mont Fuji enneigé, inoubliable. Ah quelle belle journée !

dimanche 11 décembre 2016

Momiji
Momiji signifie érable (on parle ici de l'érable du Japon, légèrement différent de celui qui orne le drapeau du Canada par exemple), mais ce mot désigne - surtout en automne - principalement la feuille d'érable. D'ailleurs, étymologiquement, les caractères utilisés  pour écrire momiji veulent dire "feuille rouge". Car quand les feuilles rougissent, le momiji est à l'automne à peu près ce que le sakura est au printemps. Le printemps a son o-hanami (voir les fleurs, pour mémoire vous pouvez consulter l'article daté du 6 avril 2016), l'automne a son momijigari : littéralement, "chasser la feuille d'érable". Je suis moi aussi allé chasser l'érable, et voici quelques-unes des nombreuses photos que j'ai prises.
Je ne sais pas quel temps il fait en France en ce moment, mais au Japon, nous avons souvent de belles journées où le ciel bleu et profond fait un écrin magnifique au Soleil levé et doré. Certains jours, il est même possible de rester en tee-shirt dehors l'après-midi. Mais quand souffle le vent glacial, on se rappelle que l'été est bien terminé. La fraicheur n'empêche cependant pas les Japonais de sortir admirer le spectacle de l'automne, et il y avait beaucoup de monde ce jour-là dans le parc Rikugien. On entendait des clic-clac de partout, les touristes étaient presque aussi nombreux que les locaux. Le parc Rikugien est, à l'instar du jardin Hamarikyû dont je vous parlais récemment, classé site d'exception. Il a été créé en 1702 en prenant pour modèle la structure des wakas, poésies traditionnelles d'origine chinoise.
Parfois, la foule se presse sous un arbre aux feuilles rouge vif et dont les branches jouent avec les rayons du Soleil, et on entend des "oh" d'exaltation, typiquement japonais. Il faut avouer qu'avec toutes ces touches de couleurs, toutes ces nuances qui vibrent au rythme de la respiration des arbres, dès qu'on pénètre dans le parc, on se croirait entré dans une peinture impressionniste, sentiment rehaussé par la forme de feuilles d'érable, évoquant des taches de pinceaux.






 





La brochette que je mange sur cette photo, ce sont des dango, des gâteaux à base de pâte de riz, avec de la sauce miso. Il existe un célèbre proverbe qui dit "Hana yori dango", qu'on peut traduire par "les dango plutôt que les fleurs", et qu'on cite pour pointer ceux qui préfèrent la nourriture terrestre à la nourriture spirituelle... Je m'interroge toujours : hana yori dango ?


Quoi qu'il en soit, je savais déjà que j'aimais le printemps et l'été japonais, je découvre l'automne avec émerveillement, que me réserve l'hiver ?...