lundi 12 mars 2018

Oxygène !
Encore une expérience nouvelle pour moi.
Quand on m'a proposé d'aller m'enfermer dans un caisson d'oxygène, j'ai d'abord été légèrement réticent et fortement sceptique. Un truc new-age bidon, où on nous vend - littéralement - de l'air ! "Mais siiii, ça élimine les toxines, ça te remet le corps d'aplomb !" Bon, après tout, faut pas être buté, j'ai dit OK rien que pour une fois, pour voir comment c'est, quitte à en dire du mal après.
Il se trouve qu'en ce moment, fatigue et stress se combinent pour provoquer des douleurs musculaires persistantes au nouveau de mes épaules et de mon bras gauche. Je me retrouve depuis des semaines avec une espèce de sciatique du bras, c'est très désagréable. "Si tu es coincé quelque part, ça va te débloquer." Mouais, ça, on verra bien...
On nous accueille sur place dans une ambiance aromathérapie, lumière tamisée, musique planante, love and peace les pétards en moins. Le caisson en question fait un peu penser aux caissons hyperbares qu'on utilise pour rééquilibrer le taux de carbone dans le sang suite à un accident de plongée sous-marine. Il existe des versions "cercueil" pour ceux qui viennent seuls, nous on était dans un deux places : matelas, gros coussins, télé, le grand luxe. Après les consignes de sécurité, c'est parti pour une heure à faire le plein d'oxygène.
Tout d'abord, quand ils envoient la sauce, ça fait un peu comme dans un avion ou, justement, comme quand on fait de la plongée sous-marine. On sent l'air qui pousse sur les tympans et les sinus, et pour compenser, on suce vigoureusement le bonbon qu'on nous a donné avant de nous enfermer. Sauf que chez moi, ça suffisait pas, et la pression commençait à être bien douloureuse derrière mon front et sous les yeux. J'ai failli paniquer et me précipiter sur la porte, le truc à ne pas faire : la "mise sous pression" puis le retour à la normale doivent ABSOLUMENT se faire progressivement. J'ai attendu un peu, puis je me suis habitué. Après, rien de spécial. Comme chacun le sait, l'oxygène est inodore, on ne ressent rien de particulier. Il restait juste à attendre cinquante minutes. J'avais pris un jeu de cartes, c'est passé assez vite. Le retour à la pression normale a posé moins de problème que la montée, j'ai encore sucé un bonbon et puis voilà, c'était fini. Merci au revoir.
Sauf qu'en me retrouvant dans la rue, j'ai réalisé que je n'avais plus mal au bras. C'est pas des blagues. Allez, pour être honnête, il me restait juste une vague gène. Est-ce le fait de profiter du weekend pour se détendre qui a fini par porter ses fruits ? Est-ce l'effet placebo ? Ou bien est-ce que ça marche vraiment ? Je n'en ai aucune idée.
Attention, il ne faut pas crier au miracle, hein : ça ne m'a pas empêché, le soir-même, d'attraper un gros rhume. Et depuis, ma douleur dans le bras est revenue, beaucoup moins forte cependant. Mais bon, moi qui étais sceptique, ça m'a ouvert un peu l'esprit. Je crois que c'est ça, le plus important.

samedi 24 février 2018

Kawagoe
A une heure de Tôkyô en train (30 minutes si on prend un rapide), vers le nord, se trouve la petite ville de Kawagoe. Surnommée la petite Edo, en référence à l'ancien nom de Tôkyô, Kawagoe recèle en effet de nombreux bâtiments historiques, alors que ceux de la capitale ont en grande partie été détruits par les incendies et les bombardements.
Le gros plaisir de la visite, c'est qu'effectivement, l'alignement des maisons anciennes est assez unique (si on exclut la merveilleuse Kyôto), et nous plonge directement dans un délicieux Japon à l'ancienne. Les charmantes petites rues voient fleurir des restaurants et des magasins de confiseries traditionnelles, on se croirait dans un film d'époque, d'autant plus que beaucoup de femmes (et quelques hommes) portent des vêtements traditionnels. Quand on vient de quitter les buildings de verre de Tôkyô, le dépaysement est assuré.
L'emblème de la ville, c'est le clocher, Toki no Kane, qui sonne quatre fois par jour (j'ai eu la chance d'arriver exactement à l'un de ces quatre moments). Le son de cette cloche a été sélectionné comme l'une des cent ambiances sonores du Japon, dans le cadre d'une campagne de préservation du patrimoine menée par le Ministère de l'Environnement.










Le point noir de Kawagoe, c'est que la principale rue commerçante est un important axe de circulation, et que la promenade s'en trouve fortement affectée. Voitures, camions et autres autobus viennent sans cesse perturber l'atmosphère et polluer la sérénité de votre déambulation. Selon moi, la ville gagnerait beaucoup à rendre l'axe piétonnier.
Il y a de nombreuses spécialités culinaires à Kawagoe, dont beaucoup sont à base de patate douce. C'est une tentation permanente, et il vaut mieux éviter d'aller là-bas si on est en plein régime. Ce n'est pas mon cas, alors je me suis goinfré toute la journée. J'avais un excellent prétexte : c'était de la curiosité culturelle.
Pour apprécier pleinement cette excursion, je pense que j'aurais dû me rendre à Kawagoe au début de mon séjour au Japon, parce que finalement, on en a vite fait le tour. Mais puisqu'il n'est pas possible d'aller à Kyôto tous les weekends, cette visite m'a fait malgré tout le plus grand bien, et j'ai pu remplir mes yeux d'images traditionnelles, qui me font toujours autant rêver.

mardi 6 février 2018

L'éclipse de Lune
Vous l'avez vue, l'éclipse du 31 janvier ? Je ne sais pas comment c'était, vu de France, mais d'ici, on en a bien profité.
Moi, j'aime bien le ciel et les étoiles. Non pas que je m'y connaisse en astronomie ou quoi, mais j'adore rêver le nez planté dans la voûte céleste, c'est sans doute un héritage des aventures du Petit Prince, que j'ai lues quand j'étais enfant. Il y a quelques mois, je suis allé au planétarium d'Ikebukuro, magnifique. Et puis il y a trois semaines, j'ai visité le TenQ, un petit musée de vulgarisation sur l'espace, charmant. Alors quand j'ai lu qu'on annonçait une éclipse de Lune toute particulière (Lune très proche de la Terre, éclipse totale, "Lune de sang"), j'ai noté le rendez-vous dans mon agenda, je ne voulais surtout pas rater ça. C'était un mercredi, je me suis donc sauvé très vite après le cours de français du 80's Café, et je me suis rendu à la Tokyo Sky Tree, non pas pour monter au sommet de la tour mais pour chercher un endroit dégagé où m'installer tranquillement.
Déjà, en quittant Akihabara, la Lune commençait à se teinter légèrement de bleu en disparaissant dans l'ombre de la Terre. Dans la rue, de nombreux Japonais s'arrêtaient pour savourer le spectacle. Mais c'est surtout en arrivant au pied de la Tokyo Sky Tree que j'ai été surpris par l'engouement populaire : quelques télescopes avaient été installés par - me semble-t-il - des amateurs éclairés, et des dizaines et des dizaines de personnes, seules, en couple ou en famille, faisaient la queue pour jeter un œil au phénomène. Sur la terrasse, les parasols chauffants aidaient à braver le froid. D'habitude, c'est le genre de choses contre lesquelles je peste (chauffer l'extérieur !!!), mais j'avoue que là, bon, la nuit étant bien fraiche, je n'ai pas du tout pesté. Sur une table, des tas de paires de jumelles étaient gracieusement à disposition. Si on faisait ça en France, combien de paires de jumelles auraient disparu à la fin de la soirée ? Ici, les gens se servent et les reposent après, c'est naturel. Bref, rien qu'à l’œil nu, le spectacle était déjà impressionnant, mais avec une bonne paire de jumelles, c'était absolument magnifique.
Plus la Lune entrait dans le cône d'obscurité de la Terre, plus elle devenait orange sombre, jusqu'à disparaitre presque complètement. Le croissant orange a lentement glissé de la gauche vers le bas, puis vers la droite de la Lune. Quand celle-ci a commencé à reprendre sa teinte blanche normale, les promeneurs du soir sont progressivement rentrés chez eux, et j'ai pu à mon tour m'approcher d'un télescope, ce qui m'a permis de réaliser ces clichés. Oui oui, on peut coller son téléphone portable à l’œilleton du télescope, je ne le savais pas mais ça fait des super photos !
En japonais, éclipse de Lune s'écrit 月食, ça se prononce "gesshoku" (ou "guéche-chokou" si vous préférez), et les deux idéogrammes qui composent le mot signifient respectivement la Lune et manger. Une éclipse, c'est la Lune qui se fait manger ! Moi, je l'ai dévorée des yeux, et c'était délicieux...

vendredi 19 janvier 2018

Un ryokan à Shiobara
Un ryokan est une auberge traditionnelle japonaise. La première fois que j'ai entendu parler de ce type d'établissement, c'était il y a une quinzaine d'années au moins, dans un livre richement illustré de magnifiques photos, et depuis j'avais toujours rêvé de pouvoir un jour vivre l'expérience de l'hospitalité nippone dans sa forme la plus proche qu'on se fait de l'image du Japon "à l'ancienne". A cette époque, ma vie était très différente de celle d'aujourd'hui et je n'aurais jamais pu deviner que le Soleil Levant deviendrait ma terre d'exil. J'ai donc nourri ce rêve pendant des années sans y croire vraiment. Mais il faut toujours croire à ses rêves, n'est-ce pas ?...
Mon choix s'est porté sur la ville de Shiobara, à trois heures de car au nord de Tôkyô (on peut y accéder en train, mais c'est plus cher et à peine plus rapide). Même si ce n'est que de la petite montagne, en ce début janvier tout était recouvert de neige, et en arrivant on se sent déjà loin de tout. La ville en elle-même ne recèle pas beaucoup d'intérêt. C'est morne, il n'y a aucune animation, et plusieurs cafés et hotels sont abandonnés. Quand les singes, assez nombreux visiblement, descendent de la montagne jusqu'aux abords de la ville, voire jusque dans la ville, ça confère à l'ensemble une atmosphère tout à fait inédite, comparable à rien de ce que je connais. Tout le tourisme à Shiobara repose sur les onsen, c'est-à-dire les stations thermales. Le Japon en regorge. Il s'agit de sources d'eau très chaude, aux vertus réputées curatives, qui jaillissent des entrailles de la terre, et dans lesquelles les Japonais adorent se plonger. A Shiobara, on trouve même une étroite cabane où les passants peuvent se réchauffer les doigts dans de petites cuves emplies d'eau (difficile d'y plonger la main entière, c'est trop chaud). Mais les choses commencent à devenir sérieuses quand on se rend au onsen pour les pieds. Dans une ambiance conviviale et familiale, les gens viennent donc se baigner jusqu'à mi-mollet, c'est très agréable et excellent pour la peau. Les pierres incrustées au fond du bassin vous massent la plante tandis que vous marchez, c'est étonnamment relaxant. La température varie en fonction des zones du circuit, et là où elle est la plus chaude, je suis ressorti précipitamment avec les pieds rouges version homard bien cuit. Assez rigolé, direction le ryokan.
Matsu no i sô, qu'on pourrait traduire par "Maison du puits du pin", est un peu éloigné du centre, et si on n'est pas véhiculé, il vaut mieux téléphoner pour que quelqu'un vienne vous chercher. Dès l'arrivée, on vous fournit un yukata, c'est-à-dire un kimono léger, qui ne vous quittera plus pendant tout votre séjour. La chambre que j'occupais était spacieuse, avec vue sur la petite vallée enneigée. Le sol est recouvert de tatamis. Au milieu de la pièce trône un kotatsu, c'est-à-dire une table basse chauffante. On glisse ses jambes en-dessous, et la douce chaleur retenue par la couverture vous enveloppe comme un cocon.
Le futon (matelas) est rangé dans le placard, le personnel l'installe pendant que vous prenez votre diner.
On vient dans un ryokan en famille, pour se régénérer après une journée de ski par exemple, ou bien en couple ou encore seul pour chercher un moment de paix. Les activités étant inexistantes aux alentours immédiats de l'auberge, aucune tentation ne peut venir vous perturber. La seule activité possible, c'est d'aller se baigner dans le onsen du ryokan.


Traditionnellement au Japon, le bain n'est pas fait pour se laver mais pour se relaxer. Sachant que le maillot de bain y est prohibé, les onsen sont rarement mixtes. L'eau étant partagée par tous, on se récure à fond et on se rince méticuleusement avant d'entrer dans le bassin fumant. Là, on se pose enfin et on respire. On prend le temps. Comme j'ai déjà entendu dire : "S'arrêter, c'est important. S'arrêter." Voilà, c'est ça. C'est maintenant. On souffle.
Mais le bonheur suprême, c'est le rotenburo, le bassin extérieur. A Matsu no i sô, le rotenburo était privatif : une petite pancarte à l'entrée indique si quelqu'un occupe déjà les lieux ou pas, ce qui permet par exemple aux familles de se baigner tous ensemble, la mixité y étant autorisée. Considérant la température extérieure, au moment d'enlever son yukata, on se dit qu'on est complètement fou de se déshabiller dehors. Puis quand on pénètre dans l'eau très chaude, pendant quelques secondes, on est pris entre deux feux. Le feu et la glace, plus précisément. On finit par se glisser complètement dans le bassin, où on peut enfin se prélasser bien au chaud. J'y suis retourné le soir, alors qu'il faisait nuit et que la neige tombait légèrement. Si je vous dis que c'est magique, ce mot me semble galvaudé. Hors du temps me parait un peu plus juste, mais la vérité, c'est que je ne trouve aucune expression apte à décrire une telle expérience. J'avais rarement savouré de sensations si oniriques.
Si on ajoute à ça que le ryokan, c'est aussi de la cuisine maison faite de produits locaux et de saison, vous aurez compris à quel point ce type de weekend est aussi bon pour le corps que pour l'esprit.
Que vous dire d'autre ? Que sur le chemin du retour, évidemment, la première question qui vient à l'esprit, c'est : "A quand la prochaine fois ?"

vendredi 12 janvier 2018

Voyage en France
Après plus d'un an et demi d'expatriation, je suis allé passer les fêtes de fin d'année en France, mon premier retour depuis le début de mon exil. Je suis vraiment désolé de ne pas avoir eu la possibilité de voir tous mes amis, j'espère que vous ne m'en voudrez pas mais mon emploi du temps était extrêmement chargé et j'ai voulu donner la priorité à ma famille. Outre le fait que ces deux semaines de congés étaient très attendues pour me reposer (je n'avais pas eu de vacances depuis cet été), et outre, évidemment, le plaisir de passer du temps avec mes proches, une série de questions se posait à moi avant même mon départ : comment allais-je vivre ce voyage ? Quels sentiments naitraient en revoyant les lieux que j'ai arpentés tant de fois ? Suis-je toujours français ?
La toute première sensation qui m'a surpris, dès la descente de l'avion, c'est que je pouvais lire tout ce qui était écrit sur les affiches. C'est le genre de banalité dont j'avais perdu l'habitude ! D'ailleurs, d'une manière générale, j'ai trouvé assez déstabilisant d'être en contact exclusif avec la langue française pendant deux semaines. Prendre ensuite le RER jusqu'à Paris était presque amusant, un peu comme quand j'ai pris le train pour la première fois de l'aéroport de Narita jusqu'à Tôkyô, et que je n'en finissais pas de m'étonner en constatant les différences, jusque dans les moindres détails, entre un paysage péri-urbain japonais et son équivalent français. Je n'avais certes pas oublié la saleté – le mot me parait bien faible – qui borde la voie ferrée en banlieue parisienne, mais avec le recul, cet amas de détritus m'est apparu encore plus dégoutant, et c'est là que mon sourire a commencé à disparaitre.
En fait, je n'ai rien découvert ni même redécouvert à Paris, car je n'avais rien oublié, mais les choses qui me gênaient déjà quand j'y vivais m'ont sauté au visage avec une agressivité démultipliée. La saleté partout, dans le métro en particulier, le comportement sans-gêne des gens – qui traversent nonchalamment la rue en bloquant les voitures, qui discutent dans le wagon aussi fort que s'ils étaient dans leur salon, qui n'attendent pas que vous soyez descendu du train avant de monter, etc. – la notion de service (très personnelle) des commerçants et des employés publics, tout ça m'a mis très mal à l'aise. On a l'impression de déranger la pharmacienne chez qui on vient d'entrer, on a le sentiment que le préposé à la gare en a assez de vous voir avant même que vous ayez ouvert la bouche. La notion de collectivité est inexistante. Je ne voudrais pas passer pour un vieux réac, mais la prolifération de tags m'a dépité. Que je me fasse bien comprendre : j'ai toujours aimé le street art d'une manière générale, tant qu'il reste un tant soit peu artistique. Mais une simple « signature » (un barbouillis en vérité, et qu'on ne vienne pas me parler d'art contemporain !) sur un mur, c'est la même démarche que celle qui anime un chien qui pisse pour marquer son territoire. Voilà ce que j'ai vu en arrivant dans mon pays natal : une ville envahie par les chiens qui pissent. Et non contents de taguer à la peinture, nombreux sont ceux qui vont jusqu'à graver leur stupidité au couteau pour être sûrs qu'elle ne s'effacera pas. Quelle honte pour ce beau pays. J'ai ressenti ce manque de respect envers la communauté comme une attaque personnelle. Et puis cette pauvreté, cette misère. Tous ces malheureux qui font la manche, toutes ces pauvres gens sans domicile... A Tôkyô aussi, il y a des SDF, mais considérablement moins. J'ai beaucoup pensé à ces Japonais qui débarquent dans la capitale avec les images de Doisneau en tête, ou les peintures des Impressionnistes, et qui sont tellement oppressés par ce qu'ils voient en réalité qu'on doit les hospitaliser. C'est pas une blague, ça s'appelle le Syndrome de Paris.
Alors que je regardais un peu froidement le gouffre qui s'était creusé entre ma patrie d'origine et mes aspirations actuelles, j'ai senti se développer en moi une étrange démarche : je me suis surpris à essayer d'appliquer à mon environnement la même analyse interculturelle que celle que j'ai toujours essayé d'appliquer quand je voyageais en terre étrangère, et qui continue de m'habiter - encore plus, même - dans mon quotidien nippon. En clair, alors que j'étais dérangé, par exemple, par des voyageurs qui, sans être assis côte à côte dans le métro, continuaient leur conversation sans le moindre égard pour autrui, j'essayais de contrebalancer mon agacement par un regard extérieur et – autant que possible – tolérant. Je me disais : « Je ne peux pas les juger, ce qui me dérange est en fait normal dans ce pays, c'est comme ça qu'on fait ici ». C'était le même type d'état d'esprit que j'essaye de tenir quand j'éprouve des difficultés à appréhender une situation au Japon. Et tout comme au Japon mais de façon inversée, j'avais parfois du mal à ne pas porter un jugement critique et sévère en comparant la France avec ma culture d'accueil, qui apparait donc, par certains aspects tout du moins, comme ma nouvelle culture de référence.
J'ai déambulé dans ces rues que je connaissais par cœur, Tolbiac, Mouffetard, Saint-Michel, etc., avec cette sensation paradoxale : tout m'était familier, mais plus rien de ce que je voyais n'appartenait à mon univers. Je ne suis plus d'ici, même si je ne suis pas encore de là-bas. Je n'ai pas fini de mesurer l'ampleur et les implications de mon déracinement, et tout cela prendra sans doute du temps.
Rassurez-vous, mon séjour en France n'a pas été qu'un pénible désenchantement. D'abord, pour qu'il y ait désenchantement, il aurait fallu que je sois enchanté, alors qu'en fait, j'étais juste habitué. Mais surtout, j'étais venu pour voir mes proches et grâce à eux, j'ai passé de merveilleux moments. J'avais aussi prévu de dévaliser la Fnac pour faire le plein de livres en français, et j'ai explosé mon budget.
J'ai fini par quitter Paris pour la province, d'abord ma Normandie natale puis Grenoble et enfin Lyon, et je reconnais que la sensation d'agressivité vécue dans la capitale s'est passablement estompée. Ou alors, c'est que je m'étais déjà à nouveau habitué... Là encore, c'est auprès de ma famille et de mes amis que j'ai fait le plein de chaleur humaine. Je me suis chauffé auprès de la cheminée, j'ai marché avec des raquettes dans la montagne, j'ai respiré la forêt Verte... Je me suis sauvagement empiffré de pain, de fromage, d'escargots, de raclette, de foie gras en buvant du vin blanc moelleux, de croissants, etc. J'avoue, la France a ses bons côtés.
Qu'est-ce qui, de la France, me manque le plus dans mon exil ? Voir mon neveu et mes nièces grandir. Qu'est-ce qui, du Japon, m'a le plus manqué lors de mon passage en France ? Pas grand-chose en fait, car que je savais que mon séjour serait bref, mais il faut bien reconnaitre que les toilettes à jet d'eau pour vous nettoyer le derrière, on a du mal à s'en passer. Ai-je trouvé une réponse aux questions que je me posais au début de cet article ? En partie, mais concernant mon identité culturelle, il va falloir que je relise mes cours de FLE pour mieux faire le tour du problème. Je ne suis pas japonais, peut-être un peu moins français, sans doute un peu plus moi-même...

jeudi 21 décembre 2017

Illuminations
Si vous suivez ce blog depuis au moins un an, vous devez savoir que pour les illuminations de Noël, les Japonais savent se montrer créatifs. Si vous avez un peu oublié ou si vous avez raté cet épisode, vous pouvez lire ou relire l'article de l'année dernière. C'est d'ailleurs assez étonnant de constater l'importance accordée à cette fête pour un pays si éloigné des cultures chrétiennes. Pourtant, si l'on considère les traditions attachées à cet évènement, on comprend mieux comment Noël s'est implanté au Japon : le plaisir de se faire des cadeaux, une fête gastronomique, une bonne occasion de se réunir pour faire la fête, les signes ritualisant (le sapin, le Père Noël, les chants...), etc. C'est typiquement le genre de repères que les Nippons adorent pour rythmer leur vie. A tout cela il faut ajouter un code de Noël qui pourrait sembler anodin mais qui ne l'est pas : les illuminations.
Cette année, je me suis rendu à Roppongi avec ma bande de copains, sur invitation de notre ami Anthony qui y va tous les ans, admirer les illuminations les plus belles qui m'aient été données de voir à Tôkyô. Face à ce jardin de lumière, on comprend mieux pourquoi les Japonais sont à ce point séduits par le concept des illuminations. C'est très difficile à expliquer, mais plongé dans la fraiche obscurité d'une soirée de décembre, quand on laisse les lumières pétiller de mille feux dans nos yeux, on ressent une sorte de magie enfantine, et cette magie, je crois, correspond bien à ce que les Japonais recherchent pour mettre de côté les tourments du quotidien et rester unis dans une espèce de communion ponctuelle. C'est bien sûr la même chose en France, mais le phénomène est probablement plus fort au Japon, du fait de la culture grégaire des Nippons. Vous allez peut-être trouver que j'extrapole, mais je vois même, dans les illuminations de Noël au Japon, un prolongement de la fascination qu'éprouvent les Japonais pour les lumières scintillantes dont les enseignes géantes sont l'archétype criard. A chaque fois que je débarque à Akihabara, je me retrouve moi aussi, sans doute tout autant qu'un Tôkyôïte, envoûté par l'atmosphère des nuits électriques plus claires que le jour, par ce déferlement d'images hypnotiques, plongé dans une nuée de lucioles pixelisées...
Mais laissons là les discours compliqués. Une image est souvent plus expressive que des mots, alors regardez plutôt.
Joyeux Noël à tous !

samedi 2 décembre 2017

Le Fuji-Q Highland
Quand je suis allé gravir le mont Fuji, l'année dernière, je suis passé devant un parc d'attraction qui a tout de suite retenu mon attention, tant ses manèges avaient l'air impressionnant. Depuis, ce parc  - le Fuji-Q Highland - était inscrit sur ma liste des choses à faire. Je m'y suis rendu récemment avec les copains habituels, une partie de la bande du 80's Café.
Le Fuji-Q Highland se distingue essentiellement par deux caractéristiques particulières. D'une part, il est situé au pied du mont Fuji, ce qui offre un panorama exceptionnel. L'air y est d'ailleurs beaucoup plus frais qu'à Tôkyô. Du haut de certaines attractions, on peut admirer - très brièvement, avant de redescendre en flèche ! - la magnifique plaine qui s'étale devant la montagne. En plus, en pleine saison des kôyô (voir article précédent sur l'automne), le paysage est rehaussé d'une éphémère beauté fragile qui donne encore plus de valeur à cette vue. J'imagine que lors de la construction du parc, comme le fait remarquer mon ami Romain, la grande proximité du mont Fuji a dû être le principal argument des opposants au projet. Comme toujours, tout dépend du point de vue qu'on adopte, celui des visiteurs du parc ou celui des défenseurs de la nature. J'ai plutôt pour habitude d'être dans le camp des seconds, mais j'avoue que là, j'ai - par facilité ou pragmatisme - opté pour le parti des premiers, et c'est sans aucun scrupule que j'ai profité du lieu toute la journée.
La seconde caractéristique du parc, et c'est là l'essentiel, ce sont ses attractions, et plus précisément ses rollers-coasters. Le Fuji-Q Highland possède certains des manèges les plus "quelque chose" du monde : le plus rapide, celui qui a le plus grand nombre de vrilles, etc. Les certificats sont fièrement affichés à l'entrée de chaque attraction concernée. Le paradis des amateurs de sensations fortes.
Parmi ces manèges, il y a donc le Dododonpa, le plus rapide du monde. Il démarre en ligne droite en passant de 0 à 172 km/h en deux secondes, on encaisse une accélération de 4G, c'est plus puissant qu'une Formule 1. Je n'avais jamais connu une telle sensation, c'est incroyable, totalement inédit. De l'extérieur, le démarrage, ça donne ça (attention, c'est très court !) :

La vitesse de pointe est de 180km/h, il n'y a pas beaucoup de virages, juste une grande courbe :
Et puis histoire d'être secoué un peu dans les trois dimensions, on passe quand même par un looping avant d'arriver. Le tout est très court, mais ça vaut vraiment le coup.
Une autre attraction qui m'a bien marqué, c'est le Eejanaika (qu'on pourrait traduire par "C'est-y pas bien ?!"), avec un circuit qui mesure plus d'un kilomètre, qui débute par une chute à la verticale et enchaine avec un nombre record de vrilles, un truc probablement conçu par un ingénieur fou, un pervers qui devait torturer ses nounours quand il était petit.
Avec les copains, on s'est gardé cette attraction pour la fin et on n'a pas regretté parce qu'après ça, la plus éprouvante des montagnes russes doit passer pour le manège enchanté. En photo, ça donne ça, et en vidéo, ça donne ça, mais évidemment, il faut le vivre pour comprendre.
Il me semble que je suis plutôt blindé de ce côté-là, que j'ai le cœur bien accroché et tout, mais là, j'avoue sans honte que j'ai poussé de grands cris d'effroi. Et aucun de nous n'a fait le fier en disant "Même pas peur !", on en a pour son grade !
Et puis il y en a d'autres, je ne vais pas vous faire la liste complète, mais juste pour vous donner un aperçu, voici une dernière petite vidéo :
A part ces manèges à sensations fortes, le Fuji-Q Highland réserve d'autres surprises, comme la traversée d'un village français, à l'entrée du parc. C'est joli, bien fait, et pour une fois sans franponais. La France est étonnamment bien représentée dans ce parc, puisqu'on trouve aussi une attraction pour les enfants ayant pour thème Gaspard et Lisa, ces personnages mignons tout plein dont les aventures se déroulent à Paris. Les copines ont insisté pour faire un tour, et entre le Dododonpa et le Eejanaika, on (les garçons) n'a pas osé leur refuser ce moment de répit. Dans le genre mignon, il y a également un circuit en bateau-bouée dans un décor typiquement japonais.
Le Fuji-Q Highland abrite aussi deux obakeyashiki, les fameuses maisons hantées, mais on n'a malheureusement pas eu le temps de les visiter. Dommage, elles ont la réputation d'être vraiment TRÈS terrifiantes... Si c'est à la hauteur du reste, je veux bien le croire. Il faudra donc programmer une nouvelle sortie là-bas !