samedi 20 juillet 2019

La journée de la mer

Au Japon, le 15 juillet est un jour férié : c'est la journée de la mer. On n'est bien sûr aucunement obligé de consacrer cette journée à une quelconque activité maritime, mais moi, j'ai décidé d'en profiter pour aller prendre ma première leçon de surf. En fait, c'est plutôt un hasard : j'attendais d'une part les beaux jours et d'autre part d'avoir du temps libre pour mettre en pratique ce que je voulais faire depuis longtemps. Le hasard tombait bien, j'ai donc sauté sur l'occasion.
Quand je dis "les beaux jours", il faut tout de suite que je précise quelque chose. La saison des pluies, qui d'ordinaire commence entre début et mi-juin pour se terminer aux alentours de la mi-juillet, est particulièrement rude cette année. Non seulement les intermèdes ensoleillés sont rares, brefs et peu généreux, mais en plus les pluies n'en finissent pas de jouer les prolongations. Certes il fait de plus en plus chaud (quoique presque doux certains jours), mais on est loin, très loin de la crise caniculaire qui avait fait 200 morts l'été dernier à cette même période. Ciel bas et crachin, pour une journée à la plage, on a rêvé mieux, mais après tout, puisque je m'apprêtais à passer ma matinée dans la flotte, ça ne changeait pas grand-chose.
Deux heures de train tout de même depuis Tôkyô, il faut être motivé pour atteindre Onjuku, petit bled paumé où il n'y a rien, rien mis à part des boutiques de surf, et des palmiers pour qu'on s'y croit. C'est vrai que spontanément, on n'associe pas forcément le Japon avec des images de surf, et pourtant la côte est accueille de nombreux spots. J'admets que les vagues ne sont pas délirantes, mais moi ça m'arrangeait ; des vagues délirantes pour une première expérience, c'est pas l'idéal. J'avais déjà eu l'occasion, une fois, il y a fort longtemps, à Biarritz, de louer un long board (recommandé aux débutants) et d'essayer un peu pour voir, mais sans professeur, j'avais à peine réussi à me dresser sur la planche. Ceci dit, le peu que j'avais réussi m'avait procuré des sensations... sensationnelles ! C'est pour cette raison que depuis, dans un coin de ma tête, était toujours restée cette idée, cette envie : "un jour, il faudra que je réessaye." J'étais donc bien content d'arriver au local de Flying Sumo, où j'avais réservé mon cours.
J'ai été chaleureusement accueilli par la responsable, Kelly, une Coréenne mariée avec un Californien. Compte tenu des conditions météo, le groupe auquel je m'intégrais était très restreint : nous étions deux ! Larry, un Philippin qui - surprise ! - parlait plutôt pas mal le français, et moi. Notre prof s'appelait Katô, comme Bruce Lee dans Le frelon vert, mais il avait plutôt le profil du Grand Duduche, pas le surfer typique. Je veux pas me moquer : il était adorable, patient, souriant, et faisait beaucoup d'efforts pour s'exprimer en anglais. J'ai enfilé la combinaison, et hop, un petit selfie dans le vestiaire pour vous prouver que je vous baratine pas. Ma chère et tendre n'ayant aucun, mais alors absolument aucun intérêt pour le surf, a préféré rester à la maison, je n'ai donc pas d'autre image de moi, et vous ne verrez pas mes exploits sur l'eau. En même temps, une journée à la mer sous la pluie, je comprends que ça ne la tente que très modérément. Arrivés sur la plage, j'ai été surpris de voir le nombre de surfers présents, le site semble en effet réputé. La baignade est d'ailleurs interdite, le spot est réservé aux adeptes de la glisse. Allez, à l'eau ! Un peu fraiche, évidemment, mais la combinaison protège bien. Bon, je dis pas, quand une vague s'engouffre par l'encolure, on sent bien le petit frisson vous parcourir. C'est parti pour deux heures allongé sur le ventre, à ramer avec les bras, tenter de se lever au moment opportun, guidé par Katô, tomber et recommencer. Dix, vingt, trente fois. Cinquante peut-être. Je ne sais pas combien mais beaucoup. Corriger sa position, apprendre de ses erreurs. Sentir les choses...
Et puis doucement, y arriver, un peu. Se tenir debout et glisser. Sentir les choses, être à l'écoute de ses sensations, et les sensations autrefois tout juste effleurées sont revenues. Décuplées, parce que j'y arrivais mieux. Cette sensation d'être avec la vague, ce mouvement fluide et puissant, ce roulement naturel, l'onde. Trouver le rythme et le suivre. C'est la mer qui commande, pas question de la dompter, il faut apprendre à l'écouter, à voir comment elle réagit, pour faire avec elle. Si vous êtes contre elle, si vous luttez, vous tombez. En tout cas moi, je suis tombé un bon paquet de fois. Mais j'ai eu aussi plusieurs vagues heureuses, où j'ai pu me redresser et me sentir bien, presque en harmonie, le temps de quelques secondes, avec les mouvements de la mer. Plénitude.
Bien entendu, l'expérience est à recommencer, et j'ai sacrément hâte. Si j'ai l'occasion de surfer à nouveau (et je ferai tout pour), je vous tiendrai au courant de mes avancées, bien que je devine qu'il va me falloir encore de nombreuses séances avant d'être réellement satisfait. En attendant, trois jours après, j'avais encore des courbatures dans les bras. Et puis j'ai découvert quelque chose d'inattendu : on peut attraper un méchant coup de soleil sur le crâne même quand il pleut !

lundi 1 juillet 2019

Les illusions d'optique

Les Japonais adorent les illusions d'optique. Dans la bibliothèque de l'école où je travaille, on trouve de nombreux livres qui y sont consacrés, certains sont d'ailleurs vraiment étonnants, et les enfants ne s'en lassent pas. Il existe par ailleurs plusieurs musées sur ce même thème. Non pas des musées scientifiques, qui démontent et expliquent les phénomènes (comme on peut voir à la Cité des Sciences de la Villette), mais qui en jouent, tout simplement. J'en ai visité un, un peu par hasard.
En général, les illusions présentées sont de simples trompe-l’œil, assez convenus quand on les regarde à l’œil nu, mais souvent bluffants quand on les prend en photo, du moment qu'on trouve le bon point de vue pour les observer. Parfois, il s'agit de peintures hyperréalistes. Mais l'effet le plus saisissant que j'ai vu, c'est une sorte de petit tunnel circulaire où le ciel étoilé tournoie autour du spectateur. Le procédé parait tout simple, mais difficile pour moi de garder mon équilibre en traversant !
Bref, votre humble serviteur ne s'est pas privé de faire le pitre et vous livre ci-dessous quelques images dérisoires.

samedi 22 juin 2019

Les lucioles

Pour cet article, je ne pourrai pratiquement pas vous montrer d'images (vous comprendrez pourquoi plus loin), c'est à la fois dommage et tant mieux. A vous d'imaginer...
Prenez une carte du Japon, et pointez du doigt ce que vous jugez être le plein milieu, vous ne serez pas loin de Komagane, où j'ai passé un court weekend. On ne s'y rend pas par hasard : quatre heures de bus depuis la capitale, et c'est encore moins pratique (et plus cher !) en train. Les brochures touristiques ont beau déployer tous leurs efforts pour faire la promotion de la région, il n'y a rien de bien attirant dans cette petite ville plate, perdue entre deux chaines de moyenne montagne. En plus, alors qu'il faisait très beau la veille (et à nouveau dès le dimanche soir), le samedi et le dimanche ont été arrosés d'une incessante pluie battante, comme pour ajouter de la grisaille à la morosité urbaine. En ce début d'été, on respirait plutôt la fraicheur d'une fin d'automne. On pourrait se demander : mais que diable était-il allé faire dans cette galère ?! Réaliser un vieux rêve : voir les lucioles.
A peine arrivé à l'hôtel, j'ai embarqué dans un minibus affrété spécialement pour l'occasion, direction Tatsuno, à environ 40 minutes de Komagane. Dans le parc Dôyokôen se tient chaque année le Hotaru Matsuri, le festival des lucioles. Des lucioles (ou vers luisants si vous préférez), j'en avais déjà vu souvent, dans mon enfance en Dordogne ou plus tard en Bretagne. Mais cet évènement est réputé pour être, au Japon, le plus grand regroupement d'individus ; il parait que certaines années s'y épanouissent jusqu'à un million d'insectes ! Mais pour ça, il faut des conditions météorologiques bien précises : de l'humidité mais pas trop de pluie, de la chaleur... Autant vous dire que toutes ces conditions n'étaient pas parfaitement remplies et que le moment n'était pas optimal pour profiter pleinement du spectacle. Mais on n'a pas vraiment le choix de la date : malgré une certaine confidentialité (beaucoup de Japonais n'en ont jamais entendu parler), les visiteurs se pressent chaque année dans ce parc, et il faut réserver sa place au moins un mois à l'avance, sans savoir du tout comment se présentera la météo. De plus, la fenêtre est assez restreinte puisque ces insectes ayant une durée de vie très limitée, le festival n'est assuré que pendant une semaine.
Concernant la météo, je dois bien avouer qu'un petit miracle s'est produit : la pluie s'est arrêtée net au moment où je descendais du minibus. Elle ne s'est presque pas manifestée pendant toute l'heure où j'ai fait le tour du parc, puis a repris de plus belle au moment précis où je remontais dans le minibus. Le dieu des lucioles était peut-être avec moi.
Un parc de nuit, c'est toujours une ambiance assez particulière. Les lucioles sont très sensibles à la pollution lumineuse, aussi le parc est-il plongé dans l'obscurité absolue. Les quelques panneaux qui indiquent le chemin du parking ou de la gare sont phosphorescent, le strict minimum pour être lisibles. Immergés dans cette atmosphère fantasmagorique, les promeneurs ont tendance à chuchoter, d'autant plus que les lucioles n'aiment pas être dérangées. On parcourt donc lentement les allées en scrutant l'ombre avec obstination. Parfois, on distingue une petite pointe de lumière dans l'herbe, sorte d'étoile filante d'ici-bas, et sa vue procure autant de plaisir qu'une étoile filante traversant la voute céleste, la lenteur en plus. Puis on s'arrête devant un parterre, un petit champ, une friche, difficile à dire, on ne discerne pas grand-chose. Et là, elles apparaissent. On en voit une, deux, trois, dix... Des dizaines. Des centaines. Des petits points blancs qui scintillent légèrement, comme un planétarium inversé, le ciel tout noir et la terre étincelante. Certains s'envolent comme portés par la brise. Parfois, une luciole s'échappe de la végétation et s'approche, passe devant vous en dessinant de jolis zigzags insouciants. De plus près, la lumière émise n'est pas si blanche, mais légèrement verte. Vous dire que c'est beau serait d'une fadeur sans lien avec ce que c'est vraiment. Même l'alignement d'adjectifs n'y ferait rien : magnifique, magique, envoutant, merveilleux... En fait, c'est un peu comme si on admirait des fées : on n'en croirait pas vraiment ses yeux, on n'en croirait pas vraiment ses mots. Et que dire de ce moment unique où une petite fille tend sa main à la luciole curieuse qui voletait par ici, ce moment où la luciole vient se poser dans la paume et la saupoudrer d'une lueur bienveillante ?... Avant de repartir éclairer d'autres destinées.
Certes, la météo capricieuse a probablement empêché des milliers d'insectes de sortir de leur torpeur, et la vue n'était sans doute pas aussi splendide que ce qu'elle aurait pu être. Mais je ne vais sûrement pas bouder mon plaisir et faire, moi aussi, mon capricieux. J'ai donc réalisé un de mes vieux rêves, et j'en suis très heureux.
Pour immortaliser ce spectacle, un simple appareil photo ne suffit pas, il faut vraiment du matériel de pro, trépied, pose longue, et sans doute pas mal d'expérience. Je n'avais rien de tout ça, c'est la raison pour laquelle vous ne verrez rien d'autre que ces quelques taches blanches sur fond noir. A vous d'imaginer.
Un mot sur l'hôtel, pour terminer. Il ne s'agissait pas d'un ryôkan à proprement parlé, mais les chambres étaient à la japonaise. Comme je suis arrivé tard le samedi soir (à cause de mon travail), je n'ai pas pu prendre mon repas, qui était inclus dans le forfait. Pour compenser, la direction a décidé de me surclasser, et j'ai pu bénéficier d'une spacieuse chambre de prince. Quant au petit déjeuner, seuls les grands brigands peuvent habituellement s'offrir un tel luxe.
On peine un peu à s'arracher de cette douceur onirique pour retourner dans la chaleur tokyoïte, mais il faut bien réintégrer sa vie. Le temps était suspendu, il a repris son cours.

mardi 11 juin 2019

Du crabe !

Je n'imaginais même pas que ça pouvait exister... Des restaurants spécialisés en grillades, on en trouve partout, déjà fait. Des restaurants où on ne sert que du poisson, j'y vais régulièrement pour manger des sushis, banal. Des restaurants de takoyaki, okonomiyaki, de shûmai, de gyôza, toutes les spécialités locales, ça n'a pour moi plus rien de très surprenant. Mais un restaurant où on ne sert que du crabe, ça non, je n'imaginais même pas que ça pouvait exister. Mais comme j'adore le crabe, j'y suis allé. Et je n'ai pas regretté !
Certes, le prix est assez élevé, car non seulement il s'agit de crabe, mais de la plus haute qualité. Suivant le menu choisi, on peut même déguster deux variétés différentes, variant encore plus les saveurs. Mais même avec deux variétés, tout le repas avec QUE du crabe, ce n'est pas monotone, me direz-vous ? Non vous répondrai-je, car les préparations sont si différentes les unes des autres que le diner n'est qu'une suite de surprises et de ravissements. Plongé dans de la glace, grillé au brasero, frit dans un bouillon de légumes, en sushi, le crabe sous toutes ses formes, toutes ses subtilités. Mais le crabe, me direz-vous encore, c'est embêtant à manger, il faut le décortiquer et tout, casser la carapace à la pince, gratter pour en tirer la moelle... Non, car dans un restaurant haut de gamme, la carapace est prédécoupée pour vous, vous n'avez plus qu'à tirer, juste ce qu'il faut pour se faire plaisir.
Quant au cadre, nous sommes dans un établissement traditionnel, où le personnel est vêtu en kimono. Tout autour de vous n'est que grâce, raffinement et délicatesse...
Dernière précision : non, le dessert n'est pas au crabe.

lundi 20 mai 2019

Le quartier chinois de Yokohama

A ma connaissance, Yokohama, dans la banlieue sud de Tôkyô, n'est pas une ville où la communauté chinoise est spécialement implantée, pas plus ici qu'ailleurs en tout cas. Le quartier chinois y est pourtant particulièrement réputé.
Les Chinois résidant au Japon sont assez nombreux, c'est même, avec les Coréens, une des communautés étrangères les plus présentes. Ceci ne va d'ailleurs pas sans poser quelques difficultés pour le vivre ensemble. Les Japonais ont été politiquement - et donc culturellement - fermés à l'étranger jusqu'à la fin du 19ème siècle, et ne sont pas habitués à composer avec l'altérité, même si les influences chinoises (à commencer par l'écriture) sont légion. Pour nous, Français, dont la culture est au contraire issue d'un immense brassage réunissant tous les pays qui ont traversé le territoire au fil des siècles, ce n'est déjà pas facile d'accepter la différence, et les idées racistes et xénophobes semblent avoir le vent en poupe. Alors pour les Japonais, l'accueil de la diversité n'a rien de spontané. En tant qu'Occidental, je n'ai jamais été victime de racisme, mais je sais que les Chinois et les Coréens au Japon sont un peu comme les Arabes et les Noirs en France, les boucs émissaires typiques des frustrations et des inquiétudes des locaux. Dans les discours de l'extrême-droite japonaise, ce sont souvent les Coréens qui sont pris pour cible.
Je ne connais pas trop la culture coréenne, mais il est vrai que la culture chinoise apparait parfois difficilement compatible avec la culture japonaise, tant les deux sont opposées. Le respect obsessionnel des règles et du protocole des Japonais se heurte au mépris de ces mêmes règles par les Chinois, pour qui, par exemple, bousculer est naturel là où les Japonais vont consciencieusement faire la queue en évitant - autant que possible - tout contact physique avec leurs voisins. Il y a quelques années, des Chinois avaient fait la une des journaux télévisés lors d'un hanami, parce qu'ils grimpaient dans les arbres pour secouer les branches et faire tomber les fleurs de cerisiers, afin de faire de plus belles photos. Quand on connait le culte que les Japonais vouent à ces fleurs, on imagine bien leur choc.
Pourtant, ici comme ailleurs, la tolérance et l'ouverture devraient être les maitres mots de part et d'autre des communautés pour apprendre à se connaitre et à se respecter, à l'heure où l'inéluctable mondialisation peut soulever autant de problèmes qu'apporter de réponses. L'humanité doit évoluer, à chacun d'entre nous de la faire évoluer dans la bonne direction. Ça peut commencer par un petit pas, comme par exemple une promenade dans le quartier chinois de Yokohama, pour revenir à nos moutons !
Moi qui ai souvent arpenté le quartier chinois de Paris (dit quartier chinois, mais en vérité tout autant quartier vietnamien), j'étais bien content de retrouver cette ambiance animée. Le parfum de la soupe pho me manquait un peu, mais les canards laqués accrochés dans les vitrines des restaurants étaient bien là. Par contre, la présentation, quand on mange ce même canard, est complètement différente de ce que j'avais connu, et j'ai été un peu déçu, même si c'était délicieux. Pour tout dire, plus que le 13ème arrondissement, je me croyais revenu à Hong Kong. L'architecture et la décoration aussi, sans parler des temples, m'ont fortement rappelé mes quelques voyages dans ce territoire chinois. J'ai mangé dans un restaurant "buffet à volonté", autant vous dire que je m'en suis mis plein la panse. Et puis j'étais également très content de retrouver certaines friandises dont je me régalais en France et qu'on ne retrouve pas si facilement au Japon.
Bref, un mini-voyage gastronomique sans quitter le pays !

dimanche 12 mai 2019

Les azalées

A peine les sakuras, chargés de mélancolie, ont-ils disparu, dispersés aux vents, apothéose du printemps, marque-pages de nos adieux, ce sont les azalées (tsutsuji) qui éclosent comme un signe avant-coureur de l'été.
Il n'y a plus de fleur dans les arbres, mais de la mi-avril à la mi-mai, dans les villes et les villages, le moindre jardin, le moindre parterre, le moindre massif de verdure se parent de pétales ensoleillés. Du blanc au violet en passant par toutes les nuances de rose, voilà une sublime consolation qui arrive, un bonheur presque trop grand après une si belle tristesse.
Le jardin du sanctuaire de Nezu, dans le quartier de Yanesen, s'en est fait une spécialité. Une splendeur. Et encore, lors de ma visite, beaucoup de fleurs avaient déjà commencé à perdre de leur vivacité et de leur éclat. J'ose à peine imaginer ce que ça peut donner en plein pic de floraison. Un parfum rond, entre le miel et le bonbon aux fraises, vous enveloppe, vous enivre, et vous voilà reparti dans vos rêveries chatoyantes et nostalgiques.



dimanche 5 mai 2019

Sawara

Comme pour Shibamata, Sawara n'est pas le genre d'endroit qu'on visite si on ne réside pas au Japon sur le long terme. Cette petite ville, à environ 1h40 à l'est de Tôkyô, n'est indiquée dans aucun guide touristique. Du reste, si les touristes sont bien là, très peu viennent de l'étranger, et j'étais, lors de ma visite, assurément le seul Occidental à y déambuler. Il faut avouer que Sawara n'a rien d'extraordinaire, on n'y trouve pas de château, pas de musée pittoresque, pas de spécialité culinaire... Mais la cité a su préserver, à l'instar de Kawagoe, son centre-ville historique, et c'est de là que vient tout son intérêt. Le canal qui traverse le vieux Sawara est bordé de maisons traditionnelles, en bois pour la plupart, coiffées de toits à l'ancienne, conférant au paysage un charme typiquement japonais dont je ne me lasse pas. Ce n'est pas pour rien si Sawara - tout comme Kawagoe d'ailleurs - est surnommée "la petite Edo" (Edo étant l'ancien nom de Tôkyô).
Certes, il faut moins d'une heure pour parcourir les deux ou trois jolies rues de la bourgade, mais cette promenade procure une profonde sensation de douceur et de paix. Baguenauder dans Sawara nous plonge instantanément dans le Japon tel qu'on le voit dans les films d'époque, ceux de Kurosawa par exemple, et on se prend alors à rêver aux peintures archétypales qui ont construit, jusqu'en Occident, notre imaginaire nippon. Ce Japon, loin du tumulte de la capitale, a bel et bien existé, Sawara en est la preuve vivante, le souvenir coloré, l'étincelle précieuse.
Pour couronner la visite, il est possible de faire un petit tour en bateau sur le canal. Un moment idéal pour savourer le monde flottant...