mardi 17 mai 2016

Excursion à Kamakura (2)
De temple en temple, je ne sais pas combien de kilomètres à pied j'ai fait ce jour-là, mais beaucoup ! Voici la suite des photos de ma longue promenade à Kamakura...




 Un long chemin mène vers la montagne...
Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir l'escalier bien raide, et au loin, la plateforme d'arrivée, tout en haut à gauche.

 Arrivé au sommet, c'est la récompense. Les montagnes ondoient à perte de vue, le temple perce la végétation, un peu plus loin c'est la ville, et derrière la mer... J'ai même pu apercevoir le mont Fuji, mais comme le ciel était voilé, ça ne donne rien du tout en photo. N'empêche, j'ai vu le mont Fuji, pour la première fois de ma vie. Et il est magnifique. Majestueux. J'ai vu le mont Fuji...



 J'ai eu la chance d'assister à une cérémonie shinto, c'était saisissant. Je n'ai pas la moindre idée de ce qui était célébré, mais quel ferveur et quelle dévotion autour de moi ! Et cette musique, aux sonorités si étranges... D'abord, ça vous met un peu mal à l'aise, et petit à petit, ça vous pénètre, ça vous berce, et pour finir ça vous envoûte comme une sorte ivresse. Quant à la beauté des tenues, je ne saurais pas l'évoquer sans aligner les poncifs, alors regardez plutôt...



 Puis je suis allé visiter le Bouddha géant, la fierté de Kamakura. Pour vous donner une échelle, chaque œil mesure environ un mètre de long.


 On peut entrer à l'intérieur de la statue, mais devant la file d'attente, j'ai renoncé.

Certaines femmes - jeunes pour la plupart - et quelques rares garçons portent un vêtement traditionnel, c'est en quelque sorte la tenue du dimanche, qu'on porte pour marquer une occasion particulière, sans doute une envie de beauté qui s'harmonise avec la beauté alentour.


Tout au bout de la ville, la plage. Changement total d'ambiance : sur le littoral, Kamakura prend des allures de petit Hawaï. Bon, ce n'est pas du beau sable blanc et fin, on est plutôt sur du sable gris, région volcanique oblige, mais il y a des planches à voiles et surtout pas mal de surfs, les gens se baladent avec leur planche sous le bras, on trouve plein de magasins Billabong (hors de prix) et des boutiques spécialisées (combinaisons, etc.).
Au-dessus de la plage, ce ne sont pas des mouettes, mais des faucons qui guettent, et qui fondent sur vous pour essayer de chaparder un morceau de votre piquenique, impressionnant !
Quant à moi, je me suis pris un méchant coup de Soleil sur la face et sur le dessus du crâne, quelque chose de bien. Mais c'est pas ça qui aurait pu gâcher ma journée car comme vous l'avez compris, j'étais bien, très bien. Même avec la tête à 42°, je me sentais bien. Merveilleusement bien. J'espère que ces photos vous auront permis d'apercevoir une partie de ce bien-être. Le reste est dans mon cœur.
La nature nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. (Bergson)

Si vous voulez d'autres photos, je peux vous les envoyer par mail, il n'y a qu'à demander.

vendredi 13 mai 2016

Excursion à Kamakura (1)
La semaine dernière, c'était la Golden Week, une semaine avec plusieurs jours fériés, et les Japonais en profitent souvent pour faire le pont et prendre quelques jours de vacances. J'ai donc eu droit, moi aussi, à ma première semaine de congé. Mes cartons sont arrivés (ceux que j'avais expédiés par bateau), et j'ai profité de ce temps libre pour m'installer un peu mieux chez moi. Je me suis aussi reposé, et je suis allé passer une journée à Kamakura.
Kamakura est une belle petite ville au sud de Tôkyô, à une heure de train. Comme c'est une ancienne capitale, elle bénéficie d'un héritage foisonnant, et en particulier, elle est incroyablement riche en temples (bouddhistes) et sanctuaires (shintô). J'en ai visité au moins quatre ou cinq, ce qui ne constitue probablement pas le tiers de ce que recèle Kamakura. Il faisait super beau, il n'y avait pas trop de monde (en tout cas, le matin), j'en ai pris plein les yeux. Pour que vous puissiez profiter des détails, je n'ai pas compressé les photos. Voyez donc...






Certains bâtiments embaument l'encens ou la cire ; parfois, en longeant un jardin, c'est un nuage de jasmin qui vous enveloppe...
Et puis il y a les papillons miroitants, les oiseaux aux chants si exotiques, les grenouilles qui coassent de contentement dans l'eau tiède descendue des cascades tintinnabulantes...

Dans un temple, j'ai vu des moines s'entrainer au kyûdô, le tir à l'arc traditionnel.
Un peu plus tard, en me promenant en ville, j'ai entendu des cris dont la tonalité me rappelait de bons souvenirs, je me suis approché, et je ne m'étais pas trompé : il y avait bien une compétition de kendô. Maintenant que j'ai récupéré mon armure, il va vraiment falloir que je me trouve un club.






Et puis il y a les tortues, les hérons, les grues blanches, les canards, les carpes...
Et puis il y a le vent chaud chargé d'iode qui se dépose sur la peau pour aspirer vos dernières résistances. Désarmé, il ne vous reste plus que les larmes pour répondre à la beauté qui vous environne.
Il y a ces larmes de joie cachées dans chaque seconde qui s'égrène...
Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède déjà. (attribué à saint Augustin) Je ne suis pas forcément d'accord avec cette définition qui associe bonheur et possession, sauf si on prend "posséder" dans le sens de "ce qui est là", "ce qui s'offre à nous", "ce dont on jouit." Alors dans ce cas, oui, on peut dire que je suis heureux.
J'ai pris plus de 130 photos lors de ma visite à Kamakura, je ne vais pas toutes les mettre sur le blog, mais d'autres viendront très prochainement.

vendredi 6 mai 2016

Je ne me japonise pas du tout...
J'ai beau me trouver progressivement de nouveaux repères, je suis encore totalement perdu dans bien des situations, et je constate chaque jour, à des petits détails, que je suis encore loin de me japoniser.
Quand je traverse la rue, par exemple. Au Japon, les véhicules circulent à gauche, comme en Angleterre. Les réflexes ont la vie dure, et il me faut fournir de gros efforts pour regarder du bon côté avant de m'élancer. Je vois bien que je ne me japonise pas quand je manque de me faire écraser au moment de traverser la route, c'est-à-dire à chaque fois que je traverse la route. Au Japon, je ne mourrai pas victime d'un tremblement de terre ou d'un tsunami, je finirai sous les roues d'un camion, c'est ballot tout de même.
Je vois que je ne me japonise pas quand je dois effectuer une démarche à la poste, par exemple. J'arrive avec ma question toute prête, ça c'est pas le plus difficile, je demande ce que j'ai à demander et là les difficultés commencent, parce que c'est jamais aussi simple que je l'aurais rêvé. On me demande toujours si j'ai ce truc-ci ou ce truc-là et je n'en ai jamais la moindre idée, si je préfère ceci ou cela mais je ne sais pas la différence et si je demande des explications le cauchemar s'amplifie, de remplir ce formulaire tout en japonais et je commence à avoir chaud, et quand c'est enfin terminé on me dit très vite encore plein de trucs qui ont l'air d'être super importants mais dont j'ignore totalement le sens, et je ressors pantois. En général, au début de chaque démarche administrative, j'essaye de m'accrocher, je fais répéter, je reformule, etc., et puis au bout d'un moment je désarme (les Japonais sont beaucoup plus patients que moi), et je dis oui à tout ce qu'on me propose sans chercher à comprendre. Finalement, c'est beaucoup plus simple quand on ne comprend rien, je découvre les joies de l'abandon !
La gastronomie est un marqueur culturel fort, et même si je suis très friand de cuisine japonaise (et de plus en plus), certaines habitudes ne me lâchent pas. Je peux accepter qu'il n'y ait ni entrée ni plat principal, et que tous les mets soient servis en même temps ne me pose pas de problème, mais pas de dessert, ça, non, je ne m'y fais pas. Mon estomac a besoin de sa dose de sucre pour signaler à mon cerveau que le repas est terminé, et si mon cerveau ne reçoit pas ce signal, je déprime jusqu'au repas suivant. Heureusement, le repas à l'occidentale entre petit à petit dans les mœurs, et maintenant il arrive qu'on trouve des desserts dans les restaurants. Bon, parfois c'est bizarre, mais je vous promets, les patates douces au caramel, c'est super bon. Par contre, le poulet au petit déjeuner, ça je peux pas, définitivement. Je vois bien que je ne me japonise pas quand je me sers mon bol de lait aux céréales tous les matins.


Comme je n'avais pas de photo apte à illustrer cet article, histoire de finir en images malgré tout, voici quelques clichés pris dans un jardin japonais au moment du hanami.






mardi 3 mai 2016

Je me japonise...
Progressivement, je trouve mon rythme, et les habitudes s'installent. Je ne peux pas dire que je me sente déjà vraiment chez moi, mais ce n'est pas forcément dans mes priorités... Pourtant, je vois bien, à des petits signes, que petit à petit je me japonise.
Par exemple, je ne réponds plus aux salutations des commerçants. Quand on entre dans un magasin, on est toujours accueilli par "irasshaimase !" (prononcé "ilache-chaïmasé"), qui signifie, en gros, "bienvenue". Que ce soit dans une petite boutique ou dans un supermarché, c'est une formule qui tourne en boucle dans la bouche de tous les membres du personnel, du patron à l'employé, en laissant trainer le "e" final : "irasshaimaseeee !" A force de le répéter, le mot se transforme, et bien souvent, on n'entend plus que le "maseee !", voire (et c'est assez pittoresque) "eee !" Au début, ça me semblait plutôt grossier d'ignorer ces salutations, et je me sentais obligé de répondre quelque chose comme "konnichiwa" ("bonjour"). J'étais bien le seul, les Japonais ne prêtant pas la moindre attention à cette formule d'accueil. Je vois que je me japonise quand je ne tourne même plus la tête en entendant ces étranges locutions para-verbales qui fusent à droite à gauche pendant que je fais mes courses.
Au Japon, en général, on évite le contact physique. Pour se dire bonjour par exemple, on ne se sert pas la main, on ne se fait pas la bise. Pour moi qui suis assez tactile, c'est un peu frustrant, mais je m'y fais. A la place, on s'incline, ça s'appelle le "o-jigi". On s'incline pour dire "bonjour", "merci", "au revoir", "excusez-moi"... Plus la déférence qu'on doit à son interlocuteur est importante, plus on s'incline bas. Ça va du simple hochement de tête au front qui touche le sol (mais à ce point-là, j'ai jamais vu faire !). Je vois que je me japonise quand je me surprends à remuer la tête quand quelqu'un s'écarte pour me céder le passage, quand je remercie la caissière qui me rend la monnaie, quand on me lance un sourire alors que je fais mon jogging... Le o-jigi est déjà devenu un réflexe pour moi, je me demande même si j'abuse pas un peu.
Je vois que je me japonise quand je passe commande chez OB. OB, c'est un café près de chez moi. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est loin de l'architecture japonaise traditionnelle, on se croirait plutôt dans un chalet canadien, et je pense à Twin Peaks à chaque fois que je pousse la porte. Chez OB comme dans d'autres cafés ou restaurants, il y a un bouton sur la table. Une fois qu'on a choisi, on presse le bouton et le serveur arrive aussitôt pour prendre votre commande. Au début, c'était presque comme un jeu pour moi d'appuyer sur la sonnette, et je vois que je me japonise quand maintenant, je fais ça normalement, comme un vieil habitué. Et là où je suis le plus fier, c'est qu'on ne me fait même plus répéter. Le plus souvent, je prends un macha (thé vert), parfois accompagné d'une glace au macha. Chez OB, je peux y passer des heures, à écrire, à lire, voire à dormir un peu. Là-bas, entendre du jazz ne me dérange pas, même si je ne suis toujours pas fan, et tout en savourant l'amertume légère du macha qui roule sur ma langue, je me japonise en douceur...

 
Pour tous ceux qui s'inquiéteraient de me voir devenir totalement Japonais, je publierai bientôt un article pour vous dire quand je vois que je ne me japonise pas du tout.