lundi 10 septembre 2018

Digital Art Museum : Team Lab
Un nouveau musée a ouvert ses portes en juin à Odaiba. Son nom complet est Mori Building Digital Art Museum : Epson - Team Lab - Borderless... que je me permets donc d'abréger dans le titre de cet article.
Odaiba est un quartier très moderne de la capitale, c'est un peu la vitrine technologique du Japon. On y trouve par exemple le Mirai-kan, le musée du futur, un peu l'équivalent du Musée des Sciences et de l'Industrie de Paris, version nippone (c'est-à-dire avec des robots !), ou la salle de jeu JoyPolis déjà évoquée dans mon billet sur les salles de jeux. En matière de modernité technologique, le Digital Art Museum frappe fort. Pour moi, c'est du jamais vu, un vrai coup de foudre culturel que je voudrais partager avec vous.
Team Lab est un collectif d'artistes qui utilisent essentiellement des techniques de projection et des images créées sur ordinateur pour composer des environnements immersifs. Bien que le collectif soit originaire du Japon, ses oeuvres sont exposées un peu partout dans le monde, et elles sont d'ailleurs passées cet été par la Grande Halle de la Villette à Paris, pour une installation intitulée Au-delà des limites, qui vient tout juste de se clôturer. Pour ma part, j'avais découvert Team Lab totalement par hasard dans une expo à Tôkyô il y a deux ans, et déjà, j'avais eu un coup de cœur. Le Digital Art Museum est le premier lieu d'exposition permanent qui lui est consacré.
Pourquoi ce musée s'appelle-t-il "Borderless" (littéralement, "sans limite" ou "sans frontière") ? Parce que dans les dispositifs créés par Team Lab, il n'y a pas vraiment de démarcation entre l'oeuvre et le monde "extérieur", celui dans lequel nous évoluons, pas de séparation entre l'art et le quotidien. Le spectateur est plongé dans l'espace artistique, il en fait partie intégrante ; à moins que ce soit l'inverse, et que ce soit la création artistique qui se détache du cadre où elle est habituellement confinée, s'échappant du monde étiqueté "artistique", pour s'étaler dans l'espace infini de la vie séculière.
 









Le double mouvement de ce procédé répand l'art partout autour de nous, les lumières et les couleurs forment une sorte de réseau, de filet, qui relie les spectateurs. Les spectateurs, quant à eux, ne sont plus des spectateurs, ils deviennent  - ou redeviennent - des éléments de cette création artistique aléatoire, la modifiant de leurs mouvements, et ce faisant, ils participent à la même oeuvre. Il n'y a donc plus de séparation, plus de frontière, plus de limite, entre les hommes et femmes qui marchent sur Terre, c'est du moins la volonté de Team Lab.
En ce qui me concerne, j'ai surtout ressenti, en me laissant porter par les formes proposées dans le musée, une évocation des lois secrètes qui unissent l'infiniment petit à l'infiniment grand. C'est probablement mon obsession pour la physique quantique qui oriente ma sensibilité, j'en ai bien conscience. Cependant, comment ne pas percevoir la décomposition à l'infini des éléments, fleurs, animaux, lumière, comme une espèce de plongée fractale au cœur même de la matière ? Et comment ne pas mettre en parallèle cette réflexion (dans les deux sens du terme) avec le mouvement des océans, des planètes, des lumières - encore et toujours la lumière - évoqué à travers différentes installations ? Certains effets lumineux m'ont même fortement fait penser à la décomposition de l'espace-temps telle qu'elle est représentée dans le magnifique film Interstellar, (attention, spoiler !) quand le héros se retrouve au cœur d'une singularité. La vivacité des couleurs qui crépitent comme autant d'étincelles évoque parfois quant à elle le travail de Yayoi Kusama.
Illumination indicible, contemplation muette et mysticisme obscur. Une visite transcendantale, un merveilleux moment.

lundi 3 septembre 2018

Le bon-odori
Vous le savez sans doute si vous suivez régulièrement ce blog, l'été est la saison privilégiée des matsuri. Il y en a toute l'année, mais c'est surtout en juillet et en aout qu'ils ont lieu. Les traductions les plus communément admises pour "matsuri" sont "fête" ou "festival". Le matsuri est donc un évènement festif, dont l'origine est le plus souvent religieuse. D'ailleurs, la plupart des matsuri se tiennent au sein d'un temple (bouddhiste) ou d'un sanctuaire (shintô). Les matsuri se déroulant aux alentours du 15 aout, en particulier, célèbrent la fête de o-bon, une sorte de Toussaint lors de laquelle on honore les âmes des disparus.
Les formes du matsuri peuvent varier. Jusqu'ici, j'avais surtout assisté à des matsuri où des volontaires transportent un mikoshi, c'est-à-dire une sorte d'autel portatif. Un dieu est censé "résider" à l'intérieur de ce mikoshi, et de temps en temps, en général une fois par an, on juge bon de lui faire prendre l'air, et on fait ainsi circuler le mikoshi à dos d'homme (et depuis quelques années, à dos de femme aussi) à travers les rues du quartier, ce qui permet au dieu en question de saupoudrer de son regard bienveillant quelques bonnes grâces afin que la cité prospère dans la sérénité et à l'abri des malheurs. Les processions de mikoshi sont impressionnantes tant l'énergie qui s'en dégage est forte et positive. Les porteurs scandent des encouragements, le public les suit en frappant des mains, des tambours rythment le tout, c'est un moment de grande synergie. Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de ces matsuri, vous pourrez trouver plus d'images en cliquant ici et .
Les Japonais, hommes et femmes, qui viennent assister à un matsuri en été portent généralement un yukata, un kimono léger, c'est un peu le "bel habit du dimanche" version japonaise, la classe version traditionnelle, le raffinement de la simplicité. Les yukata des femmes en particulier, avec la large ceinture (appelée obi), n'en finissent pas de ravir mes yeux. Les porteurs de mikoshi, eux, revêtent un happi, une veste ample dont les motifs représentent leur corporation (temple, association de commerçants, d'universitaires, etc.). Cool et classe à la fois, j'adore.












Parfois, le matsuri prend plutôt des allures de kermesse. Dans ces cas-là, la dimension religieuse de la manifestation est très atténuée, voire tout à fait absente. C'est le cas par exemple du matsuri d'été qu'on organise à l'école, juste avant les vacances. Les stands (appelés yatai) vendent des brochettes, des yakisoba, des kakigôri, des barbe-à-papa ou autres bananes au chocolat, ou bien proposent des jeux (tir à la carabine, pêche miraculeuse, etc.). Et on danse. C'est là où je veux en venir.
Car très souvent, dans les matsuri, on danse. Ces danses traditionnelles s'appellent bon-odori, et cette année, j'ai décidé d'y participer.
Pour le bon-odori, on dresse une estrade au milieu de la place où se tient la fête. Cette estrade est décorée en rouge et blanc, et est destinée à accueillir les danseurs les plus doués, qui donnent le rythme et servent de modèle au public dansant. Parfois, l'estrade possède deux étages, et le deuxième niveau est alors occupé par le tambour. Si l'estrade n'a qu'un étage, le ou les tambours sont disposés à son pied. Pour accompagner ces tambours, il y a toujours une personne qui frappe sur une espèce de petite cloche en forme d'assiette. Mis à part ces instruments joués en direct, la musique est diffusée sur des hautparleurs (qui produisent un son bien pourri, selon mon humble avis). Très rarement, il arrive que des chanteurs prennent le micro et chantent en direct sur un morceau-phare. Encore plus rarement, je sais que certaines scènes accueillent des groupes de musiciens, et le bal prend alors des allures de concert, mais je n'ai jamais assisté à ce type de matsuri. Pour finir, on décore toute la place avec des lanternes en papier (rouges et blanches en général), lanternes que j'associe maintenant systématiquement aux chaleurs de l'été. Autour de l'estrade, les gens qui désirent danser forment un cercle et tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Voilà, le décor est planté.
Si, les années précédentes, j'avais déjà pu apprécier le spectacle des danses bon-odori, je ne m'y étais essayé qu'une seule fois. Porté par la grâce des mouvements et encouragé par leur apparente simplicité, je m'étais glissé parmi la foule ondulante où j'avais tenté d'imiter les mouvements des danseurs pour participer à la fête. L'expérience fut de très courte durée, tant le résultat fut catastrophique. Même si j'aime danser, je n'ai pas une âme de danseur, il faut bien se l'avouer, et je dois décomposer très lentement chaque mouvement et le répéter de nombreuses fois pour le retenir. Ce que j'ai décidé de faire cette année, car la frustration m'avait laissé un esprit revanchard.
Je me suis donc collé pendant des heures devant YouTube, et j'ai répété, répété, répété les mouvements des principales danses bon-odori. Quand je me suis senti prêt, j'ai enfilé mon nouveau yukata et suis retourné au Mitama matsuri, qui fut le premier matsuri auquel j'avais assisté lors de mon premier été au Japon. Oui, oui, celui-là même où je m'étais rendu ridicule deux ans plus tôt. Et cette fois-ci, tout s'est bien passé. Certes, j'étais un peu raide au début, mes mouvements étaient embrouillés, mais le tout restait honorable, et surtout, j'ai pris un gros plaisir à pouvoir participer à la joyeuse célébration qui vibrait autour de moi.
Il existe de nombreuses danses bon-odori, et je suis loin de les connaitre toutes, mais j'en maitrise à présent au moins deux ou trois. Chaque chanson est liée à une danse bien spécifique. Par exemple, quand vous entendez la chanson Tôkyô ondo, vous devez exécuter la chorégraphie correspondante. Pour vous simplifier la tâche, un speaker annonce le morceau suivant. Le souci, c'est qu'en plus des "classiques" qu'on retrouve dans tous les matsuri (avec parfois de légères variantes, ce qui ne simplifie rien), chaque quartier possède aussi ses propres danses. En effet, bien qu'ils soient souvent tenus au sein d'un temple ou d'un sanctuaire, les matsuri sont en général organisés par les comités de quartier (très actifs, me semble-t-il, au Japon). Après le Mitama matsuri, qui rassemble une grande foule venue de toute la ville, j'ai privilégié les petits matsuri, plus conviviaux, plus familiaux, moins anonymes. Et donc, chaque quartier (ou chaque ville, si on s'éloigne de la capitale) aime avoir une chanson locale vantant ses mérites, et naturellement la danse qui lui est attachée. Impossible de les connaitre toutes, en tout cas impossible quand on est grand débutant comme moi, et qu'en plus on se promène de quartier en quartier. La tradition du bon-odori a beau remonter à 600 ans, les chansons actuellement entendues datent toutes du 20ème siècle, et si beaucoup sont assez anciennes, d'autres sont très modernes, voire franchement pop. On trouve même, parmi les danses bon-odori, des chansons consacrées à Doraemon (ce chat bleu tout mignon venu de l'espace) ou Anpaman (personnage de dessin animé très apprécié des enfants mais inconnu en France).
Pendant tout le mois d'aout, j'ai donc sillonné les matsuri du nord de Tôkyô, autour de l'arrondissement d'Ikebukuro, où je passe beaucoup de temps. Chaque weekend, je trouvais un voire deux petits matsuri où aller danser, et progressivement, j'ai pu prendre confiance en moi et m'améliorer. Les Japonais non plus ne connaissent pas toutes les danses, et ils regardent le modèle (les danseurs sur l'estrade) pour essayer d'apprendre. Moi, je ne danse que sur les chorégraphies que je connais bien, ou au moins pas trop mal. J'ai vu, au Mitama matsuri, des touristes se lancer en faisant à peu près n'importe quoi, et venant de la part d'un étranger, on a un peu l'impression qu'ils se moquent des Japonais. Bien sûr, je sais que je ne suis pas le plus doué des danseurs, et ce n'est de toute façon pas le but, mais en tant qu'Occidental, je voudrais que ma danse exprime mon respect pour ma culture d'accueil.
Une des choses qui me plait dans les bon-odori, c'est que c'est un moment de communion. Tout le monde peut participer. Ce sont souvent des femmes âgées qui mènent la danse, mais on peut voir aussi des hommes, jeunes ou vieux, en yukata ou pas, des enfants, tout le monde danse ensemble. Par contre, c'est vrai que dans les petits matsuri où je me suis rendu cet été, il y avait très peu d'Occidentaux, voire pas du tout, et le peu qu'il y avait ne dansaient pas. Ce n'est pas que les étrangers ne soient pas les bienvenus, au contraire, mais non seulement les danses requièrent une certaine initiation, mais en plus les matsuri faisant partie de la culture locale, il faut vraiment être intégré à la vie japonaise pour trouver les informations nécessaires (lieu et date), et oser se lancer. Alors quand le seul Occidental, à savoir bibi, se ramène en yukata et danse avec tout le monde, forcément, ça se remarque. Un soir, deux charmantes mémés qui regardaient les danseurs se sont mises à m'acclamer de leur petite voix, c'était trop mignon. Et puis juste après, ça n'a pas loupé, le speaker est venu vers moi avec son micro pour me poser quelques questions, il m'a demandé de lancer le morceau suivant et m'a fait applaudir par le public ! J'étais un peu gêné mais c'était rigolo, et puis surtout c'était gentil.
Voilà, vous savez à peu près tout sur mes débuts de danseur bon-odori. Et maintenant, place à la danse ! (en vidéo.) (Et je vous le dis tout de suite : non, il n'y a pas de vidéo de moi en train de danser.)

mercredi 29 août 2018

Résumé de l'été
Voilà, le mois d'aout touche à sa fin et les vacances d'été avec, et j'ai repris le chemin de l'école. La rentrée pour moi n'est pas aussi solennelle qu'en France, puisque c'est la même année scolaire qui continue, la "grande rentrée" ayant lieu en avril. Mais quoi qu'il en soit, j'ai bien profité de mes congés pour prendre du recul sur mon travail (j'en avais grandement besoin) et me détendre. Voici un petit résumé de mon été 2018 au Japon...
Pour commencer, un petit point météo. Le début de l'été a été marqué par une série d'inondations dévastatrices dans le Kansai, la région autour de Hiroshima et de Kyôto. Le dernier bilan officiel faisait état de 225 morts. Ici, dans la région de Tôkyô, nous n'avons pas du tout été touchés. La saison des pluies s'est déroulée normalement de juin à début juillet, mais pas de catastrophe. Par contre, nous n'avons pas échappé à la canicule qui a suivi. L'été est naturellement chaud au Japon, bien plus chaud qu'en France je veux dire, parce qu'on est plus au sud, mais cette année, les températures ont dépassé de 10° les normales saisonnières ! Et ça a duré au moins deux semaines. Là encore, le phénomène a fait environ 200 morts. Même la nuit, il arrivait que le thermomètre reste bloqué sur 33°. Moi qui d'habitude suis plutôt anti-climatisation, j'ai un peu rangé mes principes dans ma poche, parce que les nuits à transpirer sans pouvoir dormir, ça épuise. La suite de l'été s'est déroulée de façon plus normale, avec des vagues de grosse chaleur (et ce n'est pas fini), le passage de quelques typhons, et de courts mais intenses épisodes pluvieux.
Dès le début de mes vacances, je suis parti à la campagne faire le plein de verdure dans la préfecture d'Akita. Je vous ai déjà raconté ce voyage, vous pouvez relire l'article correspondant en cliquant ici.
De retour à Tôkyô, pour me rafraichir, j'ai visité des aquariums psychédéliques, si vous ne vous en souvenez pas, vous pouvez consulter l'article ici.
Je suis également parti trois jours dans la péninsule d'Izu, dans la petite ville d'Itô. Mais pas de chance pour moi qui me faisais une joie de me régaler de la plage, un typhon est arrivé au même endroit que moi au même moment que moi, et j'ai dû changer mes plans. A la place, j'ai visité un zoo, joli mais tristoune puisque c'est un zoo. J'ai aussi visité un parc nocturne, et dans le genre psychédélique, c'était pas mal non plus. Le parc était recouvert d'illuminations, c'était incroyable. J'adore les couleurs et les lumières comme celles qu'on trouve dans Enter The Void, le chef-d'oeuvre de Gaspard Noé, et là, j'étais servi. Noël en plein été (vous pouvez revoir les illuminations de Noël ici).



A Izu, j'ai également fait l'ascension d'un ancien volcan... en télésiège ! J'ai une excuse : il est interdit d'accéder au sommet autrement. Tout autour, on peut admirer un paysage de mer et de montagne, rien de tel pour se remplir l'esprit et les poumons de nature.
L'été au Japon, c'est la saison des cigales, des takoyaki (les boulettes au poulpe), des kakigôri (de la glace pillée avec du sirop, autrement dit un granité, ultra rafraichissant), et des matsuri. Car en vérité, tout ce que je viens de vous raconter n'était destiné qu'à planter le décor pour vous parler des matsuri. Mais ça, ce sera pour la prochaine fois !

lundi 20 août 2018

Aquariums
Quand il fait très chaud, en été, j'aime bien aller visiter des aquariums. Autant les zoos, ça me rend toujours un peu tristoune de voir ces pauvres bêtes en cage, mais un poisson c'est con, alors je n'ai pas autant de scrupules, et puis toute cette eau, ça rafraichit, je trouve.
Mais cette année, plutôt que les aquariums traditionnels, ma foi souvent fort jolis, j'ai opté pour ce qui semble être la nouvelle mode au Japon en matière de bocal à poissons, les aquariums dit "artistiques". Je ne sais pas s'il y a des choses comme ça en France, mais ça consiste à essayer de mettre en valeur la couleur et le mouvement des poissons, en présentant les choses d'une façon moins naturaliste mais plus esthétique. A Tôkyô, j'ai trouvé deux espaces sur ce principe.
Le premier endroit était une exposition temporaire. Dans un grand espace sont disposés plusieurs aquariums aux formes très variées. Les lumières et les reflets, les différents niveaux de transparence, les effets optiques liés à l'eau, les projections, tout ça donne aux bassins une dimension de tableau mouvant tout à fait nouvelle. Les couleurs sont très vives, voire franchement psychédéliques. Un DJ mixe en direct une musique planante. Les poissons présentés n'ont rien de rare ou d'extraordinaires, il s'agit essentiellement de simples poissons rouges de différentes espèces, ou de carpes koï. Ce qui est intéressant ici, c'est de laisser son regard se perdre dans ces aquariums comme il le ferait dans une peinture contemporaine flashy et semi-abstraite. Un petit côté "poissons sous LSD", en quelques sortes.
Le second endroit que j'ai visité s'appelle Aqua Park, c'est un nouvel espace consacré à la mer. On y trouve quelques manèges pour petits et grands, mais surtout des aquariums d'un genre nouveau. Il y a par exemple des aquariums dont la vitre est en fait un écran transparent interactif. D'un simple contact avec le doigt, on peut ainsi faire apparaitre différentes informations sur le poisson présenté. Comme pour l'expo précédente, on peut également admirer quelques aquariums psychédéliques. Les animaux marins qui se prêtent le mieux aux expérimentations visuelles et artistiques, ce sont des bestioles que j'adore : les méduses ! La transparence naturelle des méduses, leur aspect de gelée anglaise agrémentée de cheveux ondulants, la danse gracile qui les anime, je ne me lasse jamais de regarder cet étrange ballet. La visite se poursuit avec un spectacle de dauphins (le soir, le spectacle est illuminé, là encore, de couleurs et d'effets optiques divers ; dommage, si j'avais su j'y serais allé en soirée), et avec quelques bassins plus classiques.
Bref, un moment de grande fraicheur dans la torpeur de l'été tokyoïte. Allez, je vous laisse avec les images.


dimanche 5 août 2018

Des vacances à la campagne
Je suis enfin en vacances ! Et cette année, j'ai décidé de prendre un grand bol de verdure. J'ai embarqué dans le Shinkansen (le TGV japonais) jusqu'à la préfecture d'Akita, au nord-ouest de l'ile de Honshû (la principale des iles qui forment l'archipel). Mais je ne suis pas allé jusqu'à la ville d'Akita, je suis descendu avant, en pleine campagne, pour y passer une petite semaine de rêve, et découvrir un Japon que je connaissais moins bien, le Japon rural.
La première chose qu'on remarque, dès que le train quitte les zones urbaines, c'est que le Japon produit une énorme quantité de riz. Dans les plaines, ce ne sont que rizières immenses, d'un vert émeraude uniforme, sublime. La région où je séjournais, près de la ville d'Ômagari, est cerclée de montagnes, et même quand on prend un peu d'altitude, la moindre parcelle plate est consacrée à la culture du riz. Les systèmes d'irrigation doivent être vraiment au point, parce que lors de mon séjour, le temps était particulièrement sec (il a fait très beau et très chaud), ce qui n'empêchait pas la terre des champs de riz d'être imbibée d'eau, à la limite du marécageux. Quand je parle de montagne, il ne s'agit pas de haute montagne, on est loin des paysages alpins, mais en hiver, les stations de ski de la région sont assez populaires.
Outre le riz, les autochtones semblent assez fiers de leur lavande, mais sa culture reste anecdotique.
J'ai pu louer un vélo à l'hôtel, et faire un petit tour pour me plonger davantage dans les paysages du Japon profond. Mais je ne me suis pas aventuré bien loin car c'est assez dangereux : les montagnes alentours sont infestées d'ours. Moi, je trouve ça plutôt mignon, un ours, et il y en a si peu en France que ça parait exotique, j'aurais bien aimé en voir un. Mais ici, personne ne se laisse attendrir. Partout, des panneaux vous mettent en garde, et dans l'hôtel, on vous explique la conduite à tenir pour éviter de les attirer, et que faire si par malchance vous en croisez un. Des attaques mortelles ont lieu tous les ans, alors ça rigole pas.
Une des choses qui marque le plus le voyageur, c'est qu'à Akita, les gens ne parlent pas le japonais, ils parlent le dialecte d'Akita. Déjà que mon japonais est encore insuffisant pour une conversation moyenne, autant vous dire que là, la communication avec les autochtones était bien difficile. Le dialecte d'Akita (en japonais : Akita-ben), c'est un peu comme un fort accent. La prononciation est sensiblement différente, certains mots et expressions n'apparaissent que dans la région, c'est pratiquement inaccessible pour quelqu'un comme moi en cours d'apprentissage du japonais. Les locaux sont capables de comprendre le japonais standard (qu'ils appellent "langue de Tôkyô") puisqu'ils l'entendent à la télé, mais ils ont souvent beaucoup de mal à le parler, et ils sont un peu gênés devant une personne qui ne peut pas les comprendre. Du coup, ils ne s'adressaient pas directement à moi, ils posaient les questions qui me concernaient à ma compagne, c'est-à-dire qu'ils parlaient de moi devant moi comme si je n'étais pas là ("Il vient d'où ? Il aime les sushis ?", etc.).
Ceci dit, je n'ai ressenti aucun signe de rejet de leur part. Au contraire, les Occidentaux sont rares dans la région, et j'étais plutôt un objet de curiosité. Pour tout dire, je n'ai vu aucun Occidental entre le moment où je suis descendu du train et le moment où je l'ai repris cinq jours plus tard ! Petite anecdote : dans un centre commercial, un jeune garçon trisomique m'a aperçu, et je pense que j'étais le premier Occidental qu'il voyait, en tout cas c'était tout comme. Il a écarquillé les yeux et s'est mis à marcher droit vers moi, bien décidé à tâter la marchandise, et sa mère a dû le rattraper par les épaules pour l'écarter de ses projets.
Loin des grandes villes, la relation à la famille est restée assez traditionnelle. J'ai rendu visite à une famille dans une maison où quatre générations cohabitent. L'arrière-grand-mère a dans les 95 ans, et la plus jeune fille a une dizaine d'années. La maison a beau être grande, ce ne doit pas être facile tous les jours, et je me suis laissé dire que certaines animosités existaient. Même si cet exemple de quatre générations est un peu extrême, il n'est pas si rare que ça au Japon, et il est même fréquent que trois générations vivent sous le même toit, surtout dans les campagnes.
Dans la rubrique "tourisme", j'ai visité un village avec des maisons autrefois habitées par des samouraïs, et entretenues comme à l'époque. Ce village abrite un petit musée présentant de magnifiques armures, et où on peut aussi découvrir le travail artisanal du bois de cerisier. La mer n'étant pas très loin, une journée sur le littoral pour déguster des fruits de mer, ça vaut également le coup, et j'ai pu manger les huitres les plus grosses que j'avais jamais vues ! A 6 € l'huitre, quand même... La plage était déserte et l'eau à température idéale, on se serait cru en Corse.
Et à part ça, dans l'hôtel il y avait une piscine, un onsen (avec rotenburo, c'est-à-dire un bassin extérieur), un sauna, une chambre à la japonaise... Et puis bien sûr, les repas traditionnels. Le poisson grillé ou les champignons au petit-déjeuner, j'ai encore un peu de mal, mais on s'y habitue. Par contre, les sushis bien frais, qui fondent dans la bouche, dès le matin, ça le fait.
A l'écart de l'éclairage urbain, on peut également savourer le spectacle d'un planétarium grandeur nature et méditer sur la chance qu'on a d'être ici. Une semaine de rêve, je vous dis !

dimanche 22 juillet 2018

Aurora Forest
Quand on fait du tourisme, parfois, on aime bien sortir des sentiers battus. Mais pour sortir des sentiers battus au Japon, ce n'est pas toujours facile...
J'ai pris le train jusqu'à Niigata, ça, ça va, tout le monde peut le faire, pas difficile d'acheter un billet. Mais pour me rendre au onsen que j'avais réservé, après, c'était moins évident. Il faut emprunter une ligne de bus spéciale, qui n'est pas mentionnée sur les panneaux d'information. Mais la préposée au guichet s'est plantée, elle m'a indiqué le mauvais arrêt où attendre mon bus. Ce n'est que par un gros coup de chance que j'ai pu prendre le bon bus, un peu plus loin. Au bout de 50 minutes, on descend et on se retrouve en pleine campagne, et là il faut téléphoner au onsen pour que quelqu'un vienne vous chercher en voiture ! Autant vous dire qu'on est soulagé d'arriver !
Le onsen en question n'était pas un ryôkan, une auberge traditionnelle, mais la chambre était tout de même dans le style japonais, avec vue sur les rizières alentours, sympa. La principale différence avec un ryôkan, c'est la salle à manger, pas du tout intime et familiale, mais prévue pour recevoir les visiteurs de passage qui ne séjournent pas. La qualité des repas, aussi, est bien moindre que dans un ryôkan. Par contre, le onsen en lui-même était pas mal, avec là aussi vue sur la verdure environnante.
Comme vous pouvez le voir sur les photos, il n'y a pas de lit dans une chambre traditionnelle. Les futons (matelas) et les couettes sont rangés dans le placard, et en général le personnel vient installer tout ça pendant que vous dinez.
Malgré le plaisir toujours renouvelé de se plonger dans un bain très chaud, je n'aurais pas fait toute cette route pour un simple onsen. La raison qui m'amenait à Niigata, c'est Aurora Forest.
Vous avez déjà visité un parc d'attraction la nuit, quand c'est fermé au public ? Drôle d'impression, je vous jure. Bon, ce n'était pas vraiment fermé au public puisque j'y étais, mais nous n'étions qu'un petit groupe d'une douzaine de personnes. En fait, le parc n'est que l'entrée pour accéder à Aurora Forest.
Aurora Forest est un parcours nocturne dans les bois, parsemé d'illuminations. Je n'ai pas bien saisi l'histoire (ou tout du moins le pitch, comme on dit au cinéma, ou l'argument, comme on dit en littérature), mais j'ai compris que nous partions à la rencontre des fées.
Les fées ici ne correspondent pas trop à l'image qu'on s'en fait dans la culture occidentale, chez nous on appellerait ça plutôt des esprits, des esprits de la forêt. A part une qui dansait, les autres fées ressemblent plutôt à des petits fantômes aux formes variées.
Il s'agit donc d'une déambulation paisible sur un chemin sylvestre, dans une ambiance feutrée et féerique, où les projections, les lasers et autres effets viennent faire scintiller la nature qui vous accueille. Plongé au cœur de ce spectacle original et enchanteur, on accepte volontiers de retrouver un regard d'enfant sur les lumières et les couleurs qui vous enveloppent, et la magie vous prend par la main sans autre prétention que de vous faire rêver un peu, sans réfléchir, sans résister ; il s'agit juste de ressentir. Je ne vais donc pas tenter d'intellectualiser l'expérience après coup, et je vous livre ces images en espérant partager avec vous un peu de la douceur de la promenade.