lundi 4 janvier 2021

Kyôto 2 : plongée dans l'Histoire

Entre Noël et le Jour de l'An, je suis allé à Kyôto. Si vous avez raté le premier épisode de mon voyage, vous pouvez vous rattraper ici.
Voici la suite de ma visite.


Le jour suivant, je me suis rendu dans un temple méconnu, le Tenryû-ji. Comme souvent, l'architecture du complexe (bâtiments et jardin), élégante et épurée, invite à la réflexion et à la sérénité. Certains jours, il parait qu'on peut admirer un étrange dragon qui orne le plafond d'un des pavillons. Pas de chance, c'était pas ce jour-là.





Mais juste derrière le temple se trouve une bambouseraie célèbre autant qu'enchanteresse. Le chemin qui la traverse est très court, on aimerait pouvoir s'y balader des heures, mais la beauté ensorcelante du site compense largement la frustration.

Non loin de là se trouve le fameux Pavillon d'Or, mais je l'avais déjà visité auparavant, aussi ai-je préféré faire un peu plus d'autobus (en fait, beaucoup plus ! Il faut retraverser toute la ville😑) pour aller admirer son homologue, le Pavillon d'Argent. Quand j'avais voulu le visiter, il y a douze ans, il était entièrement démonté pour rénovation. Cette fois-ci, je suis content d'avoir pu le voir, mais je préfère définitivement son grand frère doré. Le jardin, lui, reste magnifique, incontournable.









Dans la petite rue qui redescend du Pavillon d'Argent, j'ai trouvé un glacier tout à fait inédit. Les glaces qu'il sert sont recouvertes d'une feuille d'or ! Il propose aussi des feuilles d'argent, tout aussi comestible. Oui oui, l'or et l'argent purs sont comestibles, et parait-il très bons pour la santé. Je risque d'en choquer plus d'un, mais oui, je n'ai pas résisté à la tentation. Manger une glace à l'or quand certains sur la même planète meurent de faim, ça peut paraitre indécent, mais ce n'est finalement pas plus cher que d'autres mets proposés dans de bons restaurants, il s'agit - presque - d'un aliment comme un autre, disons juste un peu plus haut de gamme. Le gout n'a rien de remarquable, c'est surtout pour les bienfaits que ça apporte au corps. Pourtant, je comprends que l'image (manger de l'or) puisse heurter, aussi je ne vous en voudrai pas si vous m'en voulez.

Tout près du Pavillon d'Argent, on peut suivre la Promenade de la Philosophie, chemin qui longe une petite rivière, où les philosophes d'autrefois venaient méditer sur le monde. J'avais déjà arpenté ce sentier, je n'ai donc pas éprouvé le besoin d'y retourner, mais j'ai inscrit le lieu sur ma liste des choses à faire au printemps, au moment du hanami, quand les cerisiers éclosent. Je suis sûr que ce doit être absolument féérique.
En rentrant vers l'hôtel, devant la gare, je suis tombé sur une exposition de compositions florales. Je ne suis pas un expert, et j'imagine que ça doit porter un nom bien précis. A mon avis, ce que j'ai vu est bien trop élaboré pour être assimilé à de l'ikebana, où dominent en général la pureté et la simplicité. Là, les fleurs ne formaient qu'une petite part des compositions, entremêlées le plus souvent à des branches de toutes formes, c'était vraiment impressionnant.




Le lendemain, avant de prendre le train du retour, je disposais encore de quelques heures, et j'en ai profité pour aller voir le Higashi Hongan-ji, un temple à proximité de la gare, qui lui aussi était en travaux lors de ma précédente visite. Je ne m'attendais pas à une telle magnificence ! Non seulement les bâtiments sont sublimes, mais ils sont gigantesques. Se poser dans ce vaste espace, c'est plonger dans un moment d'humble recueillement, inattendu en ce qui me concerne, et particulièrement précieux.


Après cette sélection de photos (sur les quelques 250 que j'ai prises !), vous aurez, dans l'article suivant, un petit complément d'images.

dimanche 3 janvier 2021

Kyôto 1 : la montagne des dieux

La seule fois où je m'étais rendu à Kyôto, c'était en septembre 2008, lors de mon premier voyage au Japon. J'y avais passé presque une semaine, et en avais gardé un merveilleux souvenir. Kyôto est une ancienne capitale, et est de ce fait très riche d'un point de vue culturel. Tellement riche que je n'avais bien sûr pas eu le temps de visiter tout ce que j'avais envie de voir. L'idée d'y retourner me trottait donc dans la tête depuis que j'ai fait du Japon ma terre d'adoption. Aussi ai-je profité des vacances d'hiver pour me couper un peu de l'intensité de ma vie professionnelle et aller me plonger à la fois dans mes souvenirs et dans le cœur d'un Japon totalement fascinant. Un petit voyage bien rempli, que je souhaiterais partager avec vous en plusieurs épisodes.


Quand je découvre une ville, j'aime commencer par prendre de la hauteur, littéralement, pour me faire une image globale des lieux avant d'aller en explorer les rues et les secrets. C'est ce que j'avais fait il y a douze ans, et c'est ce que j'ai refait dès mon arrivée à Kyôto. Ma première visite fut donc une sorte de pèlerinage à la Kyoto Tower. Certes, ce n'est ni la plus haute ni la plus belle tour du Japon, mais située au centre de la ville, juste en face de la gare, elle offre un panorama circulaire sur l'ensemble de l'agglomération et les montagnes qui l'encerclent.
Quelle émotion que de retrouver cette vue ! Comme sous l'effet d'une madeleine de Proust, les sensations de ma première visite me sont revenues. A l'époque, j'étais loin d'imaginer qu'un jour j'habiterais au Pays du Soleil Levant. J'aurais peut-être à peine osé en rêver. Quel chemin accompli, depuis, songeais-je en contemplant le soleil se coucher...

Je me suis ensuite rendu à la gare, que je n'avais autrefois visité que de jour. Visiter une gare, quelle drôle d'idée me direz-vous. Détrompez-vous, celle de Kyôto est un chef d'œuvre architectural, immense et époustouflant. Peu de changements dans la gare, si ce n'est la disparition d'une salle de cinéma au nom français ("Ciné libre" !), mais le plaisir de découvrir le bâtiment de nuit, qui plus est agrémenté des illuminations de Noël. Tout simplement magique.




Le lendemain, j'ai pris le bus pour me rendre au Fushimi Inari-Taisha, un sanctuaire dont les images sont mondialement célèbres, et dont la visite était restée en suspens sur ma liste des choses à faire, faute de temps.

Quiconque s'intéresse un tant soit peu au Japon a déjà vu les photos de ce chemin balisé de dizaines de torii, ces portiques vermillons qui marquent l'entrée du territoire des dieux. Ce que je ne savais pas, c'est que ce chemin fait tout le tour de la montagne sur un trajet d'environ quatre kilomètres, et que ce ne sont pas des dizaines mais des milliers de torii qui jalonnent le sentier ! Ce n'est pas qu'un simple sanctuaire qui est consacré (au sens religieux), mais toute la montagne ! Dès lors, arpenter le chemin ne peut pas être considéré comme une simple promenade, mais prend la dimension d'un acte spirituel, presque une prière. La route est suffisamment éprouvante pour que l'effort fourni tienne lieu de pénitence, mais malgré tout accessible à tous pour que son ascension reste un plaisir. D'innombrables représentations du dieu Inari, sous sa forme de renard la plupart du temps, veillent sur le pénitent d'un regard à la fois sévère et protecteur. Après avoir contourné toute la montagne, on revient à son point de départ avec le sentiment d'avoir vécu une expérience mystique.







Cette excursion ayant pris plus de temps que ce que j'avais planifié, j'ai 
tranquillement terminé ma journée par une promenade nocturne dans le quartier de Gion. C'est ici que se concentrent la majorité des okiya, les maisons de geishas. Tant que j'y suis, si certains s'imaginent encore que les geishas sont des sortes de prostituées, je vous renvoie à ces deux excellentes vidéos qui, j'espère, mettront définitivement fin à cette croyance tenace. J'avais déjà arpenté ce vieux quartier de jour, et étais tombé sous le charme de ses maisons traditionnelles en bois et de ses rues étroites. De nuit, le charme opère tout autant, et se double d'une aura mystérieuse. Que cachent ces élégantes façades aux rares fenêtres voilées ? Certains établissements s'affichent clairement (quoique discrètement, ce qui me fait penser que les clients doivent surtout être des habitués) comme des restaurants, mais pour les autres ?... S'agit-il d'okiya, de maisons de particuliers, ou de lieux secrets auxquels seuls quelques initiés ont accès ? Voilà de quoi stimuler l'imaginaire. Cette fois, j'ai renoncé à prendre des photos, aucune de ce que mon matériel - et mon talent - m'aurait permis de prendre n'aurait en effet su retranscrire la magie qui s'est emparé de moi au cours de cette déambulation.

J'ai repris mes forces en savourant les délicieuses spécialités locales. La cuisine de Kyôto est extrêmement raffinée, toujours surprenante, et particulièrement saine. J'étais prêt à attaquer la journée du lendemain.
A suivre...






dimanche 6 décembre 2020

Le mont Hinode

Ça faisait un moment que je n'avais pas eu l'occasion de crapahuter dans la montagne, et ça commençait à bien me manquer. Un gros besoin d'air frais m'étreignait, avivé sans aucun doute par le fait de vivre masqué à longueur de journée. Pour cette reprise, j'ai choisi le joliment nommé mont Hinode, "mont de l'aurore". Par un beau dimanche matin, de très bonne heure, j'ai donc pris le train direction l'ouest de Tôkyô.
Après environ 1h30 de trajet, je suis arrivé à la gare de Musashi-Itsukaichi, une petite ville rurale quelconque. L'entrée du chemin est difficile à repérer, mais heureusement, un très aimable préposé à l'office du tourisme m'a gentiment renseigné et donné une carte, alors que le bureau n'était pas encore ouvert. Après encore quelques hésitations, j'ai fini par trouver l'accès au sentier qui s'élevait à travers bois.
Dès le premier pas, j'ai pris une profonde, très profonde inspiration. Oh, que c'était bon de se retrouver face à cette verte immensité escarpée ! Un panneau avait beau m'avertir de la présence éventuelle d'ours, je n'y voyais là que la promesse d'une nature indomptable. Bon, je n'ai pas vu d'ours, même pas le moindre petit écureuil (logique, en même temps : s'il y a des ours, les écureuils doivent se faire discrets !😁). Mais tout en marchant, je souriais tout seul comme un imbécile heureux, très heureux.
Le léger sfumato qui voilait le ciel s'est rapidement dissipé, laissant apparaitre un soleil radieux. Une lumière d'automne inondait les sous-bois, et les pins exhalaient de toute leur sève un parfum rafraichissant. Sur certains tronçons, le chemin montait de façon très abrupte, pour ensuite se transformer en simple sentier de promenade. L'air était pur et froid, mais je sentais que mon dos était trempé de sueur. J'ai croisé très peu de randonneurs, ce qui a permis à mon cerveau de faire, le temps de quelques heures, le vide de toute société. Seul dans la nature, c'était exactement ce que je recherchais. Et puis surtout, quel plaisir que de pouvoir marcher si longtemps sans être obligé de porter un masque ! Je me suis rempli les poumons de cette fraicheur. Concernant le niveau de difficulté, j'avoue que les 500 derniers mètres ont été éprouvants. Mais, comme souvent, la difficulté n'entrave pas mon plaisir, elle en fait partie.
Après trois heures de marche, j'ai donc atteint les 902 mètres du sommet, et j'ai été bien surpris de constater qu'il y avait là beaucoup de monde qui piqueniquait. Si peu de randonneurs sur le chemin et tant de monde au sommet, d'où venaient-ils ? Ils avaient sans doute emprunté le sentier plus facile et bien plus court, celui recommandé pour les familles, qui part de la station thermale à proximité. Ou bien ils venaient du mont Mitake, non loin, car un circuit combiné est possible, si on en veut encore.
En ce qui me concerne, j'étais repu, et je suis redescendu par l'autre côté de la montagne. J'ai croisé encore moins de monde qu'à la montée, ce qui me procura le sentiment de plonger dans un paysage encore plus sauvage. L'illusion de la solitude est enivrante, presque inquiétante.
Arrivé dans une petite ville encore plus insignifiante que celle d'où j'étais parti, j'ai trouvé la minuscule gare où ne passe qu'un train toutes les 30 minutes. En tout, j'ai dû marcher environ 10 kilomètres ce jour-là. Je suis rentré à Tôkyô harassé, exténué, rompu, mais comblé et apaisé.












dimanche 8 novembre 2020

La nuit des masques

Comme vous avez pu le lire dans l'article précédent, tous les évènements culturels sont annulés, et toutes formes de rassemblements découragées. Mais les Japonais ne sont pas aussi dociles que leur image le laisse croire, et ils ont parfois du mal à résister à l'attrait de certaines traditions, quitte à bafouer les recommandations gouvernementales. Par exemple, au printemps, alors que la première vague de corona nous attaquait de plein front, les parcs et jardins ne désemplissaient pas de visiteurs venus admirer les cerisiers en fleurs. Bien que beaucoup plus récente, Halloween est une autre tradition à laquelle les Japonais sont très attachés, leur ancestral gout pour le déguisement s'accordant à la perfection avec cette fête venue des États-Unis.
J'étais vraiment curieux de voir la tournure que prendrait un Halloween sous le signe du corona. Bien entendu, le défilé officiel, rassemblant des milliers de personnes à Shibuya, avait lui aussi été annulé, mais quelle serait l'attitude des Japonais ? Car cette année, le 31 octobre, jour d'Halloween, tombait un samedi. Or, il faut savoir qu'un samedi soir normal à Shibuya, c'est déjà noir de monde, alors si en plus c'est jour de fête... Après tout, Halloween, c'est l'occasion de sortir ses plus beaux masques, même si ceux-ci sont loin de répondre aux normes sanitaires. Sécurité ou festivité, quel camp l'emporterait ? Je suis allé voir.
Comme je m'y attendais, corona ou pas, défilé officiel ou pas, Shibuya brassait donc ce soir-là son habituelle foule compacte, joyeuse et agitée, un peu plus dense que la normale. Dès la sortie du métro, une étrange créature couverte de LED donnait une interview à la télé, ça commençait bien. Mais une fois traversé le célèbre carrefour et pénétré au cœur du quartier, surprise : autant de monde pour si peu de personnes déguisées ! Le costume qu'on voyait le plus, c'était l'uniforme des policiers, et aucun doute possible : il ne s'agissait pas de cosplay ! Les hautparleurs exhortaient (d'après ce que j'ai compris), dans un vacarme absolument vain, la foule à se disperser, et ladite foule s'en battait bien les couilles, pour parler clairement. J'ai tout de même fini par trouver quelques jolis déguisements (voir ci-dessous). Le thème dominant cette année, c'est les personnages de Demon Slayer. Je ne sais pas si cet anime est populaire chez vous, mais je peux vous dire qu'ici c'est un phénomène sans précédent. Je n'ai cependant pas réussi à prendre ces cosplays en photo. Pourquoi ?
Parce que les policiers, eux, n'étaient pas là pour faire la fête. L'œil vif, tels des crocodiles aux aguets, ils patrouillaient inlassablement les rues de Shibuya, des grandes artères aux moindres ruelles. Dès qu'un rassemblement spontané se produisait autour d'un costume remarquable, les gardiens de la paix se précipitaient aussitôt pour balayer les effrontés masqués avec une rapidité telle qu'il était franchement difficile de faire de belles photos. Toutes les photos ci-dessous ont été prises à la sauvette. Bref, l'ambiance était un peu morose. Je n'en veux pas au gouvernement d'essayer de prendre des mesures pour endiguer la propagation du virus, ni aux forces de l'ordre de faire tout leur possible pour faire appliquer ces mesures, mais on ne peut pas s'empêcher d'être déçu. Le corona nous a gâché la fête. Encore.
Un dernier mot sur la fête d'Halloween à l'école. Là, vous ne verrez pas de photo, confidentialité scolaire oblige. Cette année, c'est à nouveau moi qui était chargé de l'organisation, et ça n'a pas été facile de concilier évènement festif et gestes barrières. Le thème que j'avais choisi, c'était l'espace, j'étais donc déguisé en alien type petit-gris, un cousin de Roswell, genre. Tout s'est bien passé, je crois que les enfants étaient ravis, et une semaine plus tard, certains d'entre eux m'appellent toujours alien-sensei ! (ou le prof extraterrestre, si vous préférez) Voilà qui me réchauffe un peu le cœur.