lundi 21 mars 2022

Six ans...

 Voici venu le temps d'apprécier le temps qui passe, avec des mots en l'air et des images en vrac. Comme tous les ans, je vais tenter de dessiner un bilan provisoire de ma vie d'expatrié. Car oui, ça fait six ans que j'habite au Japon...

Le point corona
Puisque ça semble incontournable, commençons par faire le point sur le coronavirus, qu'on appelle plus volontiers Covid en France.
Quand la crise sanitaire a éclaté, il y a maintenant deux ans, le gouvernement japonais, alors dirigé par Shinzô Abe, a réagi de façon très - peut-être trop - forte. Une des mesures phares a été de fermer pratiquement toutes les écoles du pays, ce qui a bien sûr limité notablement les déplacements quotidiens, et conséquemment le nombre d'infections. Par ailleurs, beaucoup de commerces ont été invités à baisser leur rideau, et le trafic ferroviaire a connu une diminution historique. C'était peut-être un peu extrême, mais les résultats ont été à la hauteur, et la première vague est passée presque inaperçue sur l'archipel. Mais l'économie a évidemment subi un contrecoup de ce gel, et il a fallu mettre en place des contremesures. L'idée la moins bonne : lancer la campagne Go To Travel, pour favoriser le tourisme national. Effet immédiat (et largement prévisible) : au lieu d'être contenu dans les grandes villes, le virus s'est répandu dans le pays entier. Bravo. Malgré ça, les 2e, 3e et 4e vagues ont été relativement faibles, si on compare aux autres grandes puissances mondiales. Il faut dire que la fermeture des frontières est restée appliquée de façon assez radicale pendant tout ce temps, alors forcément, ce blocus a bien contribué à freiner la pandémie.
Mais l'heure des Jeux Olympiques, déjà repoussés d'un an, est arrivée. Pour les dirigeants japonais (menés par Yoshihide Suga, en remplacement d'Abe), la question s'est posée ainsi : combien ça nous coute si on annule (réponse : énormément), combien ça nous coute si on maintient (réponse : quelques vies humaines, c'est pas si cher). Allez hop, on y va ! Pour ça, il a bien fallu rouvrir les frontières, au moins partiellement. "Ne vous inquiétez pas, les athlètes et tout le staff resteront bien sagement dans le village olympique." Ben voyons, on y croit. Quand on fait venir d'un coup dans une ville - aussi grande soit-elle - des milliers de personnes du monde entier alors qu'un sale virus court sur toute la planète, qu'est-ce qui peut se passer ? Je sais bien que corrélation n'implique pas nécessairement causalité, mais quand même, quand on met en regard le calendrier olympique et la courbe des infections, c'est difficile de ne pas voir de relation entre les Jeux et la (fulgurante) 5e vague.
Puis avec le départ des athlètes, le soufflet est retombé, ouf. Très retombé, même, avec à l'échelle nationale moins de 150 nouvelles infections quotidiennes (parfois moins de 100 !), et seulement un ou deux décès par jour, de mi-novembre à mi-décembre. Le Japon aurait-il vaincu le coronavirus ? On pourrait dire ça, oui, jusqu'à l'avènement du variant omicron. Cette fois-ci, le gouvernement (passé depuis sous la responsabilité de Fumio Kishida) n'a strictement rien fait. Rien. Enfin si : "Nous demandons aux bars de ne plus servir d'alcool après 20h, et aux entreprises d'encourager le télétravail. Mais on ne veut pas vous embêter, alors c'est pas des mesures contraignantes, hein. Juste, s'il vous plait, si ça vous dérange pas trop." C'est tout. Oh là là, il a qu'à bien se tenir, l'omicron, il va flipper avec ça ! Naturellement, les trains étaient toujours aussi bondés aux heures de pointe, et les bars n'ont pratiquement rien changé à leurs habitudes. Et naturellement, la 6e vague est arrivée comme un tsunami dévastateur, quatre fois plus important que la vague précédente. Mais au moins, l'économie n'a pas été trop bouleversée, cette fois, c'est l'essentiel, faut pas déconner. Désolé pour les morts et merci au personnel soignant.
A l'heure où j'écris ces mots, cette 6e vague est en train de s'éteindre, et les chiffres sont plutôt rassurants. Rassurants ? Quand je songe à l'état d'esprit des comptables politiques, je ne suis pas très rassuré.
A suivre, hélas.

Après Gyôsei
Il y a un an, je terminais l'année scolaire à Gyôsei, ma dernière année là-bas, mais aussi la dernière pour les élèves achevant leur sixième année d'école primaire, avant de rejoindre le collège de leur choix. Rappelons au passage qu'au Japon, l'année scolaire se termine en mars. Quand ils quittent l'établissement, les élèves participent à une cérémonie très officielle où on leur remet un diplôme couronnant leur cycle d'études, permettant ainsi d'en débuter un nouveau. Malgré la rigidité du protocole, ou peut-être en raison de cette rigidité, la cérémonie est très émouvante. Mais l'émotion qui m'a étreint en y assistant n'était rien comparée à celle ressentie lors de la cérémonie suivante, un peu moins protocolaire, organisée dans la foulée par les parents d'élèves afin de remercier les professeurs. Quand tous les enfants défilent un par un devant vous en vous offrant une fleur et en vous disant merci, il faut avoir le cœur bien accroché. Le mien était en bouillie. Je vous le dis : j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'avoue que j'étais dans une période très sensible, car c'était peu de temps après le décès de ma mère. Dire adieu aux enfants, après cinq années à vivre au quotidien avec eux, était un véritable déchirement, et l'était d'autant plus que je savais déjà que j'avais également perdu mon poste à l'école. Le gouffre de l'inconnu s'ouvrait devant moi, c'est rarement confortable.
Pendant les 2-3 semaines qui ont suivi mon départ de Gyôsei, honnêtement, j'ai mis un genou à terre. Je me sentais groggy tel un boxeur qui en aurait pris plein la figure. J'avais le sentiment de vivre un cauchemar qui ne s'arrête pas au réveil, comme une gueule de bois qui dure longtemps.
Est-ce que je regrette d'avoir ouvert ma bouche comme je l'ai fait, ce qui a provoqué mon licenciement ? Aucunement. D'abord, parce que ma bouche, je l'ai fermée pendant des années, et je peux vous dire qu'on en a profité pour me faire avaler un paquet de couleuvres. Mensonges et manipulations à répétition, c'est la façon dont la direction traite les profs au quotidien dans cette école. Au bout d'un moment, on ne choisit plus : protester s'avère la seule option possible. Ensuite, parce que fermer sa bouche devient la cause même de ses problèmes. Je m'explique : chaque année, miss Piggy la dirlo tentait de pousser le bouchon un peu plus loin, avec en tête quelque chose comme : "Et si je leur dis ça, si je leur fais faire ça, ils bronchent ?" Et, puisqu'on ne bronche toujours pas, les abus s'accumulent. Ne pas s'opposer revient à approuver voire à encourager les outrances. C'est la grande leçon de La Boétie, à propos des tyrans : "Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire." Alors quitte à en payer le prix fort, il faut avoir le courage de se dresser et de dire stop. Même si j'ai énormément souffert des conséquences de ce licenciement, je ne peux rien regretter. J'ai fait la seule chose à faire.
J'ai toujours quelques collègues qui continuent d'officier là-bas, et tout au long de cette année, ils m'ont régulièrement donné des nouvelles. Il semblerait que tout soit devenu pire qu'à l'époque où j'y étais. En même temps, pourquoi les choses se seraient-elles améliorées, sachant que la truie était toujours aux commandes ? Dans le plus grand désordre qui caractérise la direction, plusieurs profs ont été licenciés en plein milieu de l'année scolaire (c'est normalement très rare), d'autres membres de l'équipe - profs ou personnel administratif - ont choisi d'arrêter en cours de route (c'est supposé être rare aussi). Une des anciennes collègues qui a démissionné a été diagnostiquée "atteinte d'une dépression sévère" (et pour qu'un médecin japonais en arrive à cette conclusion, c'est que la situation est vraiment grave), et après plusieurs mois de repos, elle n'est toujours pas en état de reprendre un travail. C'est vous dire l'ambiance qui règne à Gyôsei, la machine à broyer les âmes. Lors des entretiens de fin d'année entre les employés et la direction, plusieurs ont encore été débarqués, et d'autres ont décidé de ne pas renouveler leur contrat. Au total, sur une année, c'est la moitié du personnel qui a quitté l'établissement ! Là encore, c'est du jamais vu au Japon où traditionnellement l'entreprise est considérée comme une deuxième famille, garantissant pratiquement l'emploi à vie.
En décembre, le vieux prêtre fondateur du groupe Gyôsei est venu en personne à Nagareyama et a tenu une réunion extraordinaire, lors de laquelle il a annoncé solennellement que l'équipe de direction ne serait pas reconduite à la rentrée suivante. La truie était enfin tombée ! Avec mes anciens collègues, on a fait une chouille de la mort, et je me suis pris une bonne biture comme ça faisait longtemps ! Et puis récemment, on a appris que non, finalement, l'intrigante avait réussi, par je ne sais quelle manipulation dont elle est experte, à faire annuler son licenciement. Elle sera donc toujours là à la rentrée prochaine. C'est à vomir.
Le plus triste, c'est qu'au cœur de cette tourmente, les enfants sont devenus totalement intenables, et même les plus doués et les plus gentils partent en couille.
Soutenus par le syndicat, les collègues et moi avons continué notre action pour nous faire payer les heures supplémentaires qui nous étaient dues. Après plus d'un an et demi de lutte, nous avons enfin obtenu gain de cause, et je devrais toucher un joli petit pactole. C'est la seule bonne nouvelle que je peux vous donner provenant de cette école qui s'appelle gâchis.

Nouveaux horizons
Je n'ai pas été long à retrouver un emploi. Moins d'un mois après la fin de mon contrat à Gyôsei, je commençais à travailler à temps partiel pour le Centre Culturel Franco-Japonais, qui n'a en fait de centre culturel que le nom puisqu'il s'agit d'une entreprise privée. Le personnel est adorable, la collaboration se passe très bien, et ils me proposent de plus en plus de cours. Je ne demande qu'une chose : que ça continue comme ça.
Mais hélas, les cours du CCFJ ne me suffisent pas pour vivre.
Au moment même où je commençais ce nouveau job, en me promenant, je suis tombé tout à fait par hasard sur une école primaire franco-japonaise à Tôkyô, une petite structure créée il y a quelques années, et encore en plein développement. Incroyable ! Vu mon profil professionnel, c'était l'endroit idéal pour moi ! J'ai envoyé une candidature spontanée, obtenu un entretien avec le directeur (un Français), et décroché un contrat d'un an. Le rêve ! En principe, le rêve... En réalité, le cauchemar. Dès le départ, avant même de signer, j'ai été pris d'un mauvais pressentiment, quelque chose d'indéfinissable, l'attention attirée par de petits signes qui alertent. Mais on peut difficilement refuser un poste simplement parce qu'on a un mauvais pressentiment, surtout quand on a besoin de bosser. Malheur de malheur, mes impressions ont rapidement été confirmées. Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas d'une mauvaise perception due à mes expériences précédentes : tous les employés, je dis bien TOUS les employés témoignent du malaise que leur procure le directeur de cette école. Malgré son apparence affable, ses mots gentils, il se dégage de lui une aura malsaine qui inspire instantanément la méfiance. C'est évident, il y a quelque chose de viscéralement pourri chez cet homme. Et comme par hasard, il n'a pas fallu attendre plus de trois mois avant qu'il cherche à m'arnaquer sur mes heures de travail, un truc énorme, odieux. Après mes mésaventures à Gyôsei, il était impossible pour moi d'enchainer avec une nouvelle épreuve de cet acabit, et cette fois-ci je ne me suis pas laissé faire. Naturellement, mes relations avec le directeur s'en sont pour le moins trouvées très tendues ! Et je ne suis pas le seul : les profs défilent, c'est pire qu'à Gyôsei, certains se sauvent au bout de quelques semaines seulement, d'autres au bout de quelques jours, j'en ai même vu un jeter l'éponge au bout de quelques heures ! Moi, j'ai tenu encore jusqu'à la fin de l'été, mais je déprimais, je me sentais tomber. Incompétence de la direction, conditions de travail déplorables, j'avais donné, alors j'ai invoqué un prétexte bidon pour m'enfuir au bout de six mois. Je ne vais pas m'étendre plus longuement sur cet établissement, il n'en vaut pas la peine, même si on pourrait en écrire des tonnes sur la stupidité du directeur (je vous jure, un sacré con), et je ne vous donnerai même pas le nom de son école, ce serait lui faire encore trop d'honneur. Si ça vous intéresse vraiment, vous pourrez trouver facilement vous-même, il n'en existe pas tant que ça, des écoles primaires franco-japonaises à Tôkyô.
Quelques temps avant de quitter ce fiasco, j'ai été contacté par une petite école de français où j'avais envoyé mon CV plusieurs mois plus tôt. A l'époque, ils m'avaient répondu qu'ils n'avaient rien à me proposer. La situation a pourtant changé avec le départ d'un de leurs profs, qu'ils m'ont demandé de remplacer. C'est ainsi que j'ai commencé à travailler avec Escapade Française, une petite boite fondée par Sylvain Sauvegrain, un Français installé depuis des années au Japon. Nous nous sommes vite très bien entendu, et Sylvain fait de plus en plus souvent appel à moi, à tel point qu'il est devenu mon principal employeur. Il a même accepté de sponsoriser mon visa car, dit-il, il serait bien embêté si je m'en allais. Après les déboires professionnels que j'ai traversés, ça fait chaud au cœur d'entendre ça. Là encore, pourvu que ça dure.
Et puis pour terminer de vous dresser le tableau de ma vie professionnelle actuelle, laissez-moi vous présenter... La Petite École de Ludovic ! Non, je n'ai pas fondé ma propre école, mais je me suis mis à mon compte de façon à pouvoir donner des cours particuliers. J'ai un statut à peu près équivalent à celui d'auto-entrepreneur en France. Pour l'instant, cette activité reste assez anecdotique, mais elle m'aide tout de même à arrondir les fins de mois. Quand la crise du corona sera passée, j'aimerais bien ouvrir une classe régulière, mais en attendant, je donne surtout des cours individuels en ligne. L'été dernier, j'ai organisé un atelier de phonétique qui a bien marché, et à l'automne, un atelier jeux qui a beaucoup moins marché. Devinez qui sont mes principaux apprenants ? Mes anciens élèves ! Et leurs parents ! Le principal intérêt de ces cours n'est donc pas financier mais affectif. Quand on vous a trainé dans la boue, fait passer pour le pire des professeurs, qu'il est réconfortant de voir que certaines personnes vous réclament. Pour moi, ça compte beaucoup.
Mon site est tout en japonais, ce sera donc difficile pour vous de comprendre de quoi il s'agit, mais en gros, on peut s'inscrire, réserver et payer en ligne, tout est automatisé. C'est ma chérie qui a tout fait, elle assure. Afin de communiquer un peu sur les réseaux (même si c'est pas trop mon truc), j'ai aussi créé une page Instagram, que vous pouvez consulter. N'hésitez pas à laisser des commentaires et des petits cœurs et tout (ça m'aidera à améliorer ma visibilité), mais n'oubliez pas qu'il s'agit d'une page professionnelle, alors pas de réflexions trop personnelles, s'il vous plait !😅 Par contre, sur ce blog, vous pouvez vous lâcher, je lis toujours vos remarques avec plaisir (apparemment, c'est difficile de laisser un commentaire depuis un téléphone portable, ça marche peut-être mieux depuis un ordi, à vous de me dire).

Le chemin continue
Quoi de neuf, pour conclure ?
Je vous avais dit que le 80's Café, où j'animais bénévolement des cours de français, avait cessé son activité. Les cours de langue continuaient, mais dans un espace de location. Cependant, après Gyôsei, le rythme de ma nouvelle vie m'a obligé à faire des choix. Après quatre ans et demi de rencontres enrichissantes et d'expériences passionnantes, j'ai dû me résoudre à passer la main. C'était une fabuleuse aventure, et je suis rassuré de savoir que mon successeur a repris le flambeau avec brio.
Moi, je continue ma route de mon côté.
Je crois que je n'exagère pas en disant que l'année de turbulence qui vient de s'écouler a été la plus difficile moralement depuis que je suis au Japon. Tout n'est pas encore stabilisé dans ma nouvelle vie, mais on dirait que les choses vont en s'apaisant. Malgré les embuches, je suis donc toujours très heureux d'être ici. Et ne serait-ce que pour au moins une raison : je suis absolument convaincu que ma vie serait beaucoup moins exaltante si j'étais resté en France.
J'ai donc demandé le renouvellement de mon visa.
"Je suis là
Comme je l'ai rêvé"
(Elsa dans La reine des neiges)
Dernier point : d'habitude, j'agrémente mon texte de photos, histoire de le rendre plus digeste. Cette fois-ci, j'ai préféré vous livrer une sélection de mes clichés en vrac, comme un gros paquet ci-dessous. Silence, les mots, voici quelques images.

























dimanche 20 février 2022

Funérailles

 Elle s'appelait Yotsuba, ça signifie quatre feuilles, comme le trèfle qui porte bonheur. Elle était toute noire, et c'était la chatte de ma fiancée, Kumiko. Elle est morte soudainement vendredi dernier, le 18 février.

Yotsuba avait presque 17 ans, ce qui est énorme pour un chat. Le véto a dit que ça équivalait à 100 ans pour un humain. Tout de suite, on aurait tendance à se dire que c'est un bon âge pour mourir, qu'elle avait vécu tout ce qu'elle avait à vivre. Certes. Mais ça n'enlève rien au chagrin. La raison n'a aucun poids quand on perd un être cher. Elle était assez vieille pour partir, c'est le genre de mots vides qu'on se répète pour essayer de se raccrocher à quelque chose, mais ça ne marche jamais. On ne peut se raccrocher à rien, on tombe, inéluctablement. Et si certains seraient tentés de me dire que "ce n'était qu'un chat", à ceux-là je ne m'adresse pas.
Je n'habite pas avec Kumiko, je ne vivais donc pas au quotidien avec son chat, mais depuis environ quatre ans que nous sortons ensemble, vous imaginez comme je l'ai bien connue, Yotsuba. Ce n'était pas mon chat, c'était plus comme une copine, qui adorait que je lui frotte les oreilles. On avait nos rituels.
Yotsuba avait bien eu quelques problèmes de santé, mais finalement pas tant que ça si on considère son grand âge. En particulier, elle avait eu des soucis aux reins il y a trois ans, et on avait eu bien peur. Mais le vaillant animal s'en était remis. Et puis ces dernières semaines, elle avait eu à nouveau des petites difficultés pour faire ses besoins, mais les médicaments l'avaient à peu près remise d'aplomb. La dernière fois que je l'ai vue vivante, quelques jours auparavant, elle était en pleine forme. Et quand Kumiko s'est couchée le jeudi soir, Yotsuba était toujours en pleine forme. Puis quand Kumiko s'est réveillée vendredi matin, ça n'allait plus du tout. Yotsuba toussait, elle avait les yeux exorbités, les pupilles dilatées. En pleine panique, Kumiko l'a emmenée d'urgence à la clinique vétérinaire. Là-bas, ils ont fait tout ce qu'ils ont pu, massages cardiaques et tout. Tout ce qu'ils ont pu. Mais ça n'a pas pu. Ça n'a pas pu repartir.
Quand Kumiko m'a contacté, j'étais dans le train, j'allais au travail. Le message tombe sur mon téléphone. On est sous le choc. On relit le message. On est sous le choc. On se dit que ça devait bien arriver, qu'elle était âgée, que c'est normal, à son âge, on se dit, mais c'est inutile, ça ne marche pas. Les mots vides. Un vide vient d'apparaitre. Je ne pouvais pas annuler mes cours, mais bien sûr, j'ai dit à Kumiko que j'arrivais dès que j'avais terminé.
Heureusement, un ami de Kumiko a pu se libérer, et elle n'est pas restée seule. C'est l'homme qui a partagé sa vie, avant que je rencontre Kumiko. Il a partagé leur vie. C'était un peu le papa de Yotsuba, et d'ailleurs Yotsuba portait "officiellement" son nom de famille. Je suis content que Kumiko ait pu compter sur lui, et j'ai un peu honte qu'elle n'ait pas pu compter sur moi.
Sur les conseils de la clinique vétérinaire, Kumiko a contacté une entreprise de pompes funèbres pour les animaux de compagnie. Rendez-vous fut pris pour l'après-midi même. Je n'ai donc pas pu assister à la cérémonie d'adieu, mais Kumiko m'a raconté, et elle m'a montré des photos. Le corps du chat est disposé dans un panier, dans une belle pièce aux lumières douces. On lui donne une dernière gamelle de croquettes, un peu d'eau. Pour faire le grand voyage. On lui donne des fleurs. On se souvient. On prie. Même si on n'est pas croyant, on prie. Pas le choix. Pour se raccrocher. Mais ça ne marche toujours pas, on tombe.
Puis le panier est transporté jusqu'au funérarium. C'est là que je suis arrivé. De justesse. Le panier était déjà dans l'incinérateur, l'employé était sur le point de refermer la porte. Quand elle m'a vu, Kumiko a crié "stop !", autant que sa voix épuisée lui permettait encore de crier. L'employé a ressorti le panier pour moi. Je me suis penché sur ce petit corps endormi, je l'ai caressé un peu, timidement, maladroitement. Je lui ai dit au revoir Yotsuba. J'ai essayé de retenir mes larmes, de façon à ne pas ajouter ma tristesse à celle de Kumiko. Mais c'est inutile, on tombe. Le panier est replacé dans l'incinérateur, les portes se referment. On joint les mains. On prie. On ne sait pas si quelqu'un, quelque chose peut entendre notre prière. On espère que le voyage se passera bien. On n'a pas le choix. Le souffle de Kumiko n'est plus qu'un long gémissement de souffrance, entrecoupé de spasmes.
Puis on nous guide dans une pièce de repos. On tente de reprendre notre respiration. On essaye de parler un peu. Elle était belle, Yotsuba. Elle est restée belle jusqu'à la fin. Presque 17 ans de vie commune. Quand Kumiko l'a eue, c'était une petite boule de poils qui tenait dans une main. On pleure en silence, tous les trois.
Puis on vient nous chercher. Je n'avais jamais assisté à des funérailles au Japon, la suite m'a donc terriblement surpris. On nous emmène dans une pièce où, sur une table en fer, sont disposés les ossements de Yotsuba. La colonne vertébrale est proprement alignée, et il y a un tas de tous petits os, un tas avec des os un peu plus gros, et un troisième encore. Il y a les os des hanches, et puis bien sûr le crâne. Tout est blanc, immaculé, il n'y a pas une cendre, c'est très propre. L'employée nous explique à quoi correspondent ces petits tas. Là, les os des pattes, là les os des jambes, là les côtes, etc. Mes sentiments sont partagés. En France, il y a une sorte de tabou sur le corps du défunt. On ne le montre pas. Pendant la cérémonie d'adieu, le cercueil est fermé, et je pense qu'il serait considéré comme inconvenant d'exposer ainsi le squelette juste après la crémation. Je suis un peu choqué mais je n'ose rien dire, et je découvre la coutume locale comme dans un rêve affreux. Je me demande si cette chose ne se pratique qu'avec les animaux, mais on me confirmera plus tard qu'on fait pareil avec les humains. Les ossements, l'urne, tout est là à peu près de la même façon. Puis avec des baguettes ou une pince, ou même directement à la main, nous disposons un à un les os dans l'urne. On peut décider d'en conserver sur soi, si on veut, dans une capsule (2 200 yens) ou un pendentif en argent (17 600 yens) (ça, en France ou au Japon, ça ne change pas. Une entreprise de pompes funèbres est avant tout une entreprise, et une large gamme d'objets commémoratifs est disponible, mais passons). Kumiko et Y. choisissent de tous petits os, qu'ils mettent dans leur capsule. Moi, je ne peux pas. Ça me ferait trop bizarre de conserver sur moi des morceaux de squelette du chat, aussi tendrement l'ai-je aimé. Quand tous les os ont été placés dans l'urne, on ramasse les dernières poussières avec une petite balayette, il ne reste plus rien, c'est fini. Tous les trois ensemble, nous refermons le couvercle de l'urne.
Il faut rentrer à la maison. Il faut reprendre la vie, mais c'est impossible. Il faut ranger les affaires du chat, mais c'est impossible. Il faut trouver les mots, mais c'est impossible. Kumiko est inconsolable, et je la comprends. J'essaye d'évoquer les bons souvenirs, mais au moment où mes paroles franchissent mes lèvres je me rends compte que ça ne soulage en rien le chagrin. C'est peut-être presque pire. Alors on se tait. Et quand le silence redevient trop douloureux, on essaye à nouveau de parler, mais ça ne marche pas, rien ne marche.

Je n'en finis pas de m'interroger sur la monstration du squelette. Moi qui depuis bientôt six ans suis plutôt habitué aux décalages culturels, je n'étais pas prêt à affronter celui-là, d'autant plus dans l'état de fébrilité où je me trouvais. J'ai été très mal à l'aise. Cependant, je me dis que ce n'est peut-être pas si mal, en effet. Être confronté à la mort physique de l'être à qui on dit adieu, c'est peut-être une étape utile pour faire le deuil. En tout cas, c'est ce que j'arrive à me dire au sujet de Yotsuba, mais quand même, s'il s'agissait d'un humain, je crois que j'aurais bien du mal à encaisser de voir le crâne de la personne, ses orbites vides, là où tant de vie s'animait, et puis les fémurs, les côtes, tout ça. Ma vie d'exilé est toujours aussi riche en enseignements et réflexions interculturels, mais je me serais bien passé de ceux-là. Mais on n'a pas le choix.
Sayônara, Yotsuba.

lundi 7 février 2022

Cinéma

 Depuis que je vis au Japon, c'est devenu beaucoup moins évident pour moi d'aller au cinéma. Certes, il y a bien quelques films français qui sont distribués ici, mais le choix est restreint, et les titres proposés ne m'intéressent pas souvent. J'ai tout de même pu voir une fois un film de Gaspard Noé, Climax (un petit bijou !), et j'ai été étonné de constater qu'une œuvre aussi avant-gardiste et aussi confidentielle pouvait attirer en masse le public japonais, puisque la salle était comble.
Quand je vais voir un film en anglais, les sous-titres sont bien évidemment en japonais, et beaucoup de choses m'échappent. Dans les films de Quentin Tarentino par exemple, les personnages parlent en argot, c'est pratiquement impossible à suivre avec mon niveau d'anglais basique ; dans des films comme Matrix s'entremêlent réflexions métaphysiques et références à un univers imaginaire, c'est un peu barré ; bref, tout cela est bien compliqué. Au passage : l'année dernière, j'ai vu un vieux film anglais avec Christopher Lee (parait-il son préféré dans sa propre filmographie), The Wicker Man, magnifique et glaçant, même sans comprendre tous les dialogues.
Restent les films japonais. En japonais, donc. Comment vous dire...


Je m'intéresse beaucoup au cinéma japonais depuis longtemps, depuis toujours peut-être, mais, en salle ou en DVD, tous les films que j'ai vus au long de ma vie étaient accompagnés de sous-titres. Honnêtement, je n'adore pas tous les films japonais. Le cinéma de Kurosawa par exemple ne me touche pas énormément. Quelle que soit l'origine des films, je reste en général - mais sans restriction - attaché à ce qu'on appelle le cinéma de genre (catégorie tellement vaste qu'elle en devient impossible à définir, et vous pouvez y enfourner tout ce qui est plus ou moins décalé ou extrême, pour faire court). Quand j'habitais à Paris, je fréquentais assidûment l'Étrange Festival, où la programmation nippone est souvent riche, et où j'ai pu découvrir des films rares, dérangeants, surprenants, captivants, le genre de confrontation qui ouvre l'esprit et élargit l'horizon.
Ces derniers mois (ces dernières années pourrait-on dire maintenant), j'ai profité des limitations culturelles imposées par le coronavirus et des pseudo-confinements concomitants pour visionner plein de films sur YouTube, et parmi eux, plein de films japonais. Pour n'en citer que deux, j'ai halluciné devant Une page folle (Kurutta ippeeji) de Teinosuke Kinugasa, un film muet de 1926 dont l'esthétique se rapproche furieusement du cinéma expressionniste allemand qui a marqué mes jeunes années de cinéphile, malgré la distance qui sépare les deux pays, Allemagne et Japon. Le second film est une version trash et cyberpunk de Pinocchio (enfin, c'est présenté comme tel, parce qu'en vérité la référence au conte de Collodi est loin, très loin), Pinocchio 964 de Shôjin Fukui, un délire hypnotique faisant immanquablement penser à Tetsuo de Shinya Tsukamoto, un de mes films culte. Si YouTube ne pose pas de restriction liée aux zones géographiques, et si vous êtes courageux, vous pouvez vous aussi expérimenter le visionnage de ces deux bizarreries, ou tout au moins des extraits, ici et là :
Malgré la difficulté à comprendre le japonais, ces deux films sont suffisamment forts visuellement pour être regardés sans sous-titre, en tout cas moi j'ai pris un gros pied à découvrir ces œuvres, à tel point que ça m'a encouragé à en voir d'autres, et je me suis acheté quelques DVD. Je ne vais pas vous faire la liste complète, mais à titre d'échantillon, vous pouvez jeter un œil à la bande annonce de House, une comédie horrifique bien perchée, un must.
C'est bien beau tout ça, mais le cinéma, normalement, c'est sur grand écran, non ? Elle est passé où, l'époque où j'écumais les plus obscures des salles obscures ? Quand j'étais étudiant et que j'allais au Brady ou au Reflet Médicis m'envoyer des films de série B, voire de série Z, des trucs totalement inconnus qui vous mettent la tête à l'envers (ou qui vous font dormir en cinq minutes, parfois) ! Des endroits pareils, ça doit bien exister sur Tôkyô, non ? Eh bien oui, j'en ai trouvé !

Il faut chercher un peu, mais il y a en effet plusieurs salles qui proposent des programmations hors du main-stream. De vieux Godzilla ou leurs ersatz, des films de yakuza, de la SF azimutée, et une vaste sélection de films internationaux. On trouve même pas mal de films français, comme des Belmondo des années 60 ! J'ai ainsi pu voir un film d'horreur français, objet rare s'il en est, A l'intérieur, avec Béatrice Dalle, un gros navet malgré une bande-son 
sublime.
Pour l'instant, le meilleur endroit que j'ai trouvé pour étancher ma soif scopophile est une salle située à Ikebukuro, le Shin-Bungeiza, qui affiche une pure programmation art et essai. L'été dernier, j'ai assisté à la nuit "Alejandro Jodorowski" : trois films à la suite, jusqu'au petit matin, dont le cultissime La montagne sacrée. J'aurai rarement pris autant de plaisir à me manger une grosse claque dans la face. La réputation de cette œuvre est loin d'être usurpée. Mais le cinéma nippon, me direz-vous ? Grâce à l'Étrange Festival, je regardais plus de films japonais en France qu'au Japon, c'est un comble ! Je crois que je vais pouvoir me rattraper au Shin-Bungeiza.


Par exemple, je suis retourné assister à une nuit complète, quatre films à la suite, encore un évènement de folie (surtout quand on enchaine avec un cours de français en ligne le matin même à 7 heures !!). Le thème de la soirée : les pink-eiga, c'est-à-dire les films éro-soft des années 70. Rien à voir avec du porno classique, on est plus proche du porno-chic à la Emmanuelle, mais avec une bonne dose d'esprit contestataire, le tout en costume de geisha et de samouraï, ça en jette. Bien souvent, dans ces films, se glisse en filigrane un message social critique dont la présence ne laisse de surprendre. Les pink-eiga, c'est des films de fesse anarchistes ! Le sado-maso à la sauce nippone ne torture pas que les corps, il pervertit aussi les esprits, voilà qui a de quoi me plaire. Là encore, je ne vais pas vous dresser la liste complète des productions de dingues que j'ai découvertes, mais rien que ces quelques titres devraient vous donner une idée : Le sadisme du shôgun (la traduction littérale du titre original donnerait plutôt quelque chose comme Punition d'une femme écartelée par un bœuf, tout un poème), La nonne qui mord, L'enfer des tortures... Voici quelques images, pour vous faire gouter (à consulter seulement si vous êtes majeur).

L'objet filmique le plus fascinant (et le dernier en date) qu'il m'ait été donné de contempler est une libre adaptation de deux nouvelles de Edogawa Ranpo - un auteur de romans noirs incontournable - et en particulier L'ile panorama, mon livre de Ranpo préféré (je ne vais pas me lancer dans une digression sur cet auteur maintenant, cet article étant déjà dix fois trop long, alors si le sujet vous intéresse je ne peux que vous inviter à vous rendre d'urgence chez votre libraire pour vous procurer ce chef-d'œuvre littéraire). Un film absolument immanquable pour moi. Une fois de plus, le titre en dit long sur l'atmosphère, L'horreur des hommes 
difformes. Vous n'allez peut-être pas me croire (ou penser que je suis devenu aussi timbré que les films que je regarde), mais c'est magnifique. On y trouve autant de références au butô qu'à la Hammer, mais pas seulement. C'est un déluge visuel psychédélique. Il faut avoir du génie pour associer avec autant d'élégance horreur et poésie. Comme auraient pu dire les Surréalistes (qui n'auraient pas renié ce film), citant Lautréamont : "Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie."


Certes, j'ai vu tous ces films sans sous-titre, et j'ai eu beaucoup de mal à suivre les subtilités des scénarios, mais bon sang quel monstrueux plaisir tout de même. Vous étonnerai-je si j'ajoute que j'étais le seul Occidental dans la salle ?
Le Shin-Bungeiza est fermé pour travaux pour quelques mois. J'ai tellement, tellement hâte qu'il rouvre !

mardi 4 janvier 2022

Bon franponais !

 Bonne année ! Et pour commencer 2022 avec le sourire, voici un petit cocktail de franponais.

Des bonbons au gout de cucu ? Et pourquoi pas des culs au gout de bonbon ?!



Je sais, une série sur les tee-shirts au cœur de l'hiver, c'est pas tout à fait de saison, mais j'avais trop envie de vous montrer ceux-là.

Je me suis beaucoup interrogé sur la raison d'être de celui-ci, par exemple. La seule occasion où on peut réclamer "Du papier, vite !", j'imagine quelque-chose de très crade, genre grosse diarrhée et il y a plus de papier... Dites-moi que c'est pas ça.😑
"Débutons vers un nouveau monde". C'est pas bien dit mais ça part d'une bonne intention.




Si tu portes ce tee-shirt et que tu es moche, ça tue.



D'après mes recherches, Michel Klein homme est bien une marque de vêtement... mais japonaise !



Bien vu !




Même sur les tee-shirt des enfants...


...et les vêtements des bébés !
"J'espère que le temps qu'il fera demain"... et qu'il pluie pas le nuage de eau (tant qu'on y est).











Et maintenant, une petite série sur les boutiques. Sans commentaire. Pas besoin.





















Petit indice pour comprendre la source de l'erreur : en japonais, les sons "R" et "L" se confondent. N'empêche, qui, mais bon sang QUI a conseillé à ce commerçant de parler de plaisir mortel ?!?

mardi 7 décembre 2021

Les ginkgos

 Vous savez qu'au Japon, on adore regarder les cerisiers fleurir au printemps. Mais saviez-vous qu'on apprécie tout autant la contemplation des couleurs d'automne ? C'est ce qu'on appelle les kôyô, et c'est magnifique.
Petit rappel, si vous avez la flemme de relire mes anciens articles. Littéralement, le mot kôyô (紅葉) signifie feuille rouge. Les mêmes kanji, quand ils sont prononcés momiji, désignent plus spécifiquement l'érable. Mais plus généralement, le kôyô fait référence à la couleur des arbres en automne, que les feuilles soient rouges ou jaunes, voire toutes les nuances entre les deux.
Aller voir les kôyô, c'est un peu comme le rendez-vous du hanami au printemps. Il existe des spots réputés, où on aime aller se promener et faire des photos. En général, pour admirer les kôyô, moi, je préfère aller faire un tour en montagne, mais cette année, je me suis rendu dans ce qui est peut-être l'endroit le plus célèbre de la capitale pour profiter de la saison, l'avenue des Ginkgos.
Le ginkgo (ou ginkgo biloba) est un arbre dont une des particularités est que ses feuilles deviennent jaune vif à l'automne. Par ailleurs, la feuille de ginkgo est l'emblème de la ville de Tôkyô (à cause de sa forme, plus ou moins en T). On retrouve même cette feuille dans le logo du métro de la municipalité. Une autre des particularités du ginkgo est que les arbres femelles puent comme c'est pas permis, un mélange d'odeurs de diarrhée et de vomi (sans mentir), et c'est pourquoi en ville, en général, on ne trouve que des spécimens mâles.
L'avenue des Ginkgos est donc, comme vous l'avez deviné, bordée de ginkgos, et se retrouve naturellement étiquetée comme lieu incontournable pour qui veut admirer la manifestation de l'automne dans toute sa splendeur, et à travers l'automne, du temps qui passe, à l'instar du hanami. Malgré les consignes qui ont toujours cours, demandant de ne pas se rassembler, de respecter les distances sociales, etc., il y avait foule le jour où je suis allé me promener sur place, alors qu'on était en pleine semaine. Beaucoup de Chinois ou de Vietnamiens (sans doute résidents au Japon), mais aussi beaucoup d'amoureux venus faire le plein de romantisme, et de lycéens (surtout des lycéennes, d'ailleurs), prenant la pose devant les arbres. L'avenue des Ginkgos, c'est le royaume du selfie. C'est vrai que c'est un endroit idéal pour tout photographe, amateur avec son smartphone (comme moi) ou professionnel bien équipé. Mais voyez plutôt.

Que dire en conclusion ? Que je kiffe toujours autant le Japon ?