vendredi 3 juillet 2020

Du franponais éparpillé

L'état d'urgence a été levé et les activités reprennent progressivement. Pour autant, on est loin d'être revenu à la normale. Beaucoup de musées, de nombreux évènement culturels, pléthore de services divers tournent toujours au ralenti. Par ailleurs, la saison des pluies, qui bat son plein, restreint encore les possibilités de sorties. Je n'ai donc pas énormément de choses nouvelles à vous raconter. Aussi, je vous en parlais récemment, ai-je décidé de vous donner un peu de lecture tout de même avec quelques images de franponais.
Pas de thème particulier aujourd'hui, voici un pèle-mêle de clichés glanés à droite à gauche. Le franponais est partout...

A part le titre La Marie-Vison, tout, dans cette affiche, semble typiquement et absolument japonais. Je ne suis pas allé voir le spectacle pour vérifier pourquoi il portait un titre français...


Dans ce snack (bar nocturne) :
- Bonsoir, on peut boire un verre ?
- Non.








La fameuse philosophie franponaise...


















Un peu de vaisselle ou d'accessoires franponais dans une maison, ça donne tout de suite un petit air chic. Sauf quand on comprend le français...
Je vous retranscris ce qui est écrit en petit :
"Je suis allée manger dans un nouveau restaurant français avec des amis. Nous prendrons des Kirs Royal pour en apéritif. Après le dîner, je me suis promenée dans le jardin de Tuilerie."
"C'est une maison charmante. Il y a beaucoup de fleurs aux fenêtres de les maisons. C'est un paysage magnifique."












En pleine campagne, au bord de la voie ferrée...

Et puisqu'on parle de voie ferrée, le journal distribué gratuitement dans les trains s'appelle Train vert. Ou plus exactement, transposé en japonais : toranvêru.

Le mot "petit" est pratiquement entré dans le vocabulaire japonais. Et comme on le voit sur cette image, "nabe" signifie "casserole".
Je suis pas sûr que les sandales en plastique gardent les pieds bien au frais...
Pourquoi, mais pourquoi, bon sang, appeler un restaurant (ou bien était-ce une boutique de fringues ?! J'ai oublié...) "CUISINE HABITS" en français ?!

jeudi 4 juin 2020

Ce que je fais ici

Je vous ai déjà présenté quelques petites vidéos sur mon blog, mais je suis limité par la taille des fichiers. C'est pour cette raison que par deux fois (Okinawa et Kusatsu onsen), j'ai déposé mes films sur YouTube de façon à disposer d'un lien que je peux intégrer au blog, ce qui me permet de partager avec vous des montages plus longs.
Mais en fait, je ne vous ai pas montré le quart des vidéos que j'ai pu tourner depuis le début de mon exil.
Aussi ai-je décidé de rassembler ces images éparpillées, ces moments perdus, et de les coller bout-à-bout, pour en faire un film unique. Le résultat forme une sorte de mosaïque totalement surréaliste, sans doute inspirée par certains collages avant-gardistes que j'ai pu étudier lors de mes années à l'université. J'ai plaqué un texte par-dessus, histoire de donner un semblant de cohérence à l'ensemble, mais n'y voyez surtout pas un film construit et abouti. J'ai, au contraire, choisi d'assumer l'absence de sens, et si parfois vous pouvez percevoir une quelconque signification émerger de la rencontre entre les images et les mots, sachez que cette signification n'est due qu'à votre interprétation subjective (et à la mienne, peut-être, de temps en temps).
J'ai réuni, dans ce grand pot-pourri, quelques-unes des images importantes – à divers degrés – pour moi depuis que je vis au Japon. Certaines éveilleront peut-être une certaine curiosité chez vous, d'autres vous paraitront parfaitement absconses. Pour la grande majorité, ces images sont inédites, c'est-à-dire que je ne les ai jamais publiées sur le blog. Par ailleurs, je me suis limité aux vidéos et n'ai pas intégré de photos, à de rares exceptions près. En outre, les quatre dernières minutes du montage sont entièrement consacrées à des extraits musicaux, vous pouvez les zapper si ça vous barbe.
J'aurais bien, comme je l'avais fait précédemment, déposé ce montage sur YouTube pour vous offrir la possibilité de le visionner directement ici, mais puisque j'utilise des musiques de films, YouTube a bloqué l'accès à ma vidéo, pour des raisons de droit. Je n'ai donc d'autre choix que de vous proposer de regarder ou même de télécharger le fichier en cliquant sur le lien suivant :


Si vous êtes nouveau sur ce blog, si vous ne me connaissez pas personnellement, vous êtes autorisés à regarder mon travail, bien qu'il soit assez personnel, mais je vous invite au préalable à lire cet article qui vous aidera à comprendre les circonstances qui m'ont amené au Japon (d'ailleurs vous pouvez le relire même si vous me connaissez !). Car même si j'ai cherché à rester vague – voire évanescent – dans mon propos, c'est bien ce dont il s'agit : ce que je fais au Japon.
Petit message personnel pour ma famille : ce film intègre un extrait du montage que j'avais réalisé suite à mon premier voyage au Japon. Vous, qui possédez le DVD en question, pouvez éventuellement le revisionner d'abord (tout au moins les 10 premières minutes), vous apprécierez peut-être encore davantage l'espèce de remake que j'en ai tourné.
Dernière chose : l'été dernier, j'ai filmé deux joueurs de taiko (tambours traditionnels) lors d'un matsuri, et intégré un extrait de ce concert dans mon montage. Je ne pouvais pas en montrer davantage car la séquence aurait été trop longue, mais j'ai été un peu frustré de devoir couper, tant la performance est pour moi jubilatoire. Vous trouverez donc ci-dessous l'intégralité de ce que j'en ai capté, à prendre, disons, comme un bonus.


dimanche 24 mai 2020

La campagne en ville

Comme vous le savez peut-être, j'habite à Nagareyama, dans la banlieue de Tôkyô. Si vous ne le savez pas, je vous invite à lire ces deux anciens articles, pour situer l'univers où se déroule l'essentiel de ma vie japonaise, ça vous aidera à mieux appréhender les photos qui suivent.
Ce que par contre vous pouvez difficilement ignorer, c'est qu'en ce moment, les sorties sont très limitées. Et encore, l'état d'urgence est plutôt léger chez nous, comparé au confinement français. On a le droit de sortir sans attestation, les gens sont juste "invités" à rester chez eux. J'ai vu sur YouTube une vidéo tournée à Shinjuku un samedi soir, et c'est incroyable : d'habitude, c'est un quartier extrêmement animé, noir de monde, et sur cette vidéo, c'est aussi calme qu'un dimanche matin de bonne heure. Globalement, la population semble donc assez respectueuse des consignes.
Moi aussi, j'essaye autant que possible de ne pas sortir, mais de toute façon, la tentation est très restreinte puisque la plupart des commerces et des services sont fermés, ou tout au moins en mode minimum. Je ne prends plus du tout le train et ne suis pas allé à Tôkyô depuis un mois et demi (je m'y rends en moyenne deux à trois fois par semaine en temps normal). Mais dans un appartement de 3 m², je deviendrais rapidement fou si je ne pouvais pas du tout mettre le nez dehors. J'ai donc entrepris de marcher dans ma ville quand j'en ai l'occasion, surtout le weekend. Je ne prends pas le train, ne touche aucune poignée de porte si ce n'est la mienne, et n'ai de contact avec quasiment personne, les risques sanitaires sont donc notablement réduits.
Mais à Nagareyama, il n'y a rien de spécial à voir, c'est une vraie cité-dortoir. Pas de temple sympa, pas de joli quartier, rien, c'est mort de chez mort. Et justement, c'est ce rien qui m'attirait depuis longtemps. A côté de l'établissement où je travaille, il y a un grand parc, mais je distinguais, depuis l'étage de l'école, que la cime des arbres se prolongeait au-delà de ce parc, et telle la chèvre de monsieur Seguin, je me disais que j'irais bien faire un tour là-bas, pour voir si c'était aussi vert que ça en avait l'air. Moi, je suis un homme des bois. J'ai grandi à côté d'une forêt et passé mes vacances d'enfance dans le trou du cul de la Dordogne avec un arc et des flèches (je dis ça sur un ton ironique mais ce sont de merveilleux souvenirs, merci papa merci maman). Conséquence dans ma vie d'adulte : si on ne me laisse pas toucher des végétaux de temps en temps, je mord des gens.
A mon arrivée à Nagareyama, j'avais déjà pu constater à quel point le passé rural de la commune était encore visible, bien que rétrécissant à vue d’œil. Il était temps de partir en excursion.

Après avoir vaguement repéré un itinéraire sur le plan, je me suis lancé, un peu au hasard, à la découverte de ce "quartier" nommé Nonoshita. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en terme de verdure, je n'ai pas été déçu. Après dix minutes de marche, on se retrouve à longer des champ cernés de petits bois et traversés d'étroites routes presque désertes. Dans ces champs, on peut même parfois voir des tracteurs (normal à la campagne, me direz-vous, mais n'oubliez pas que la ville est à deux pas). Les agriculteurs vendent directement leurs légumes aux particuliers qui passent par ici, ce qui m'a donné l'opportunité de gouter les produits locaux. Il arrive même que ces légumes soient laissés à disposition, sans personne pour les surveiller, avec une simple boite pour déposer l'argent. Essayez donc ça en France, pour voir...
Le mois d'avril, c'est la saison où on plante le riz, certains carrés gorgés d'eau s'ornent donc de ces touffes vertes typiques, régulièrement espacées. Oui, on parle bien de rizières.
A chaque promenade que j'ai pu faire là-bas, et j'en ai fait beaucoup depuis que j'ai découvert ces lieux, j'ai pu entendre le cri des faisans, et souvent même en observer, parfois de près. Ils sont légions à Nonoshita. Il leur arrive également de s'aventurer dans les zones habitées, et de se balader tranquillement au milieu des lotissements. Un peu plus loin, ce sont canards, cormorans et même tortues qui s'ébattent dans les étangs.
Au bout de mon itinéraire, avant que l'urbanisme reprenne ses droits, j'ai trouvé un petit parc où court une rivière jaillissant d'une espèce de puits telle une source sauvage et apaisante. Le weekend, ce parc est bondé et je ne m'y pose jamais bien longtemps, mais quand j'ai la chance de trouver un créneau où les familles sont absentes, je m'installe sur l'herbe avec un livre et laisse le soleil me taper dessus. Une image du bonheur.







mercredi 29 avril 2020

Un sac de franponais

En ces temps confinés, je n'ai évidemment pas beaucoup d'activités, et donc pas grand-chose à vous raconter sur la vie au Japon. Qu'à cela ne tienne, c'est l'occasion de partager avec vous quelques clichés de franponais que j'ai en stock !
Commençons par une petite série sur les sacs et sachets. Parfois, il m'est arrivé, pour prendre ces photos, d'entamer la conversation avec les porteurs de ces sacs, et de leur traduire le texte (quand c'était possible !). La plupart du temps, les gens ignorent la signification de ce qui y est inscrit, ils ignorent même que c'est du français.












(Merci à Elliott pour la photo de la queue de lapin !)
Pour finir, voici quelques inclassables. Petite explication : en japonais, il n'y a pas de R, ou plutôt, le R est très roulé et les Japonais ont beaucoup de mal à faire la différence entre R et L...

Si l'état d'urgence est amené à se prolonger, vous aurez bientôt droit à d'autres séries du même style.

vendredi 17 avril 2020

Distance sociale

Début mars, au moment où je vous décrivais les conséquences de l'arrivée du coronavirus au Japon, la situation devenait doucement inquiétante, alors qu'en France on ne parlait même pas encore de confinement. Les choses évoluant très vite, cet article est déjà obsolète et nécessite une petite mise à jour. Voici donc.
Les établissements scolaires ont donc fermé deux semaines plus tôt que prévu, et pendant ce qui semble un long temps, ceci a été la seule mesure prise pour endiguer l'expansion du virus. Fermé pour les élèves, s'entend. Nous, professeurs, avons donc passé deux semaines répartis dans l'école, chacun dans sa salle de classe, un masque sur la truffe, à nous désinfecter sans cesse les mains, et à nous occuper comme nous pouvions, perplexes devant cette situation inédite.
Puis à ces coronavacances ont succédé les vraies vacances, les vacances de printemps. C'est le moment où en France, vous avez été invités à rester à la maison. Le nombre d'infections était soudain devenu catastrophique chez vous, alors qu'au Japon, pourtant un des premiers foyers après la Chine, ce nombre restait incroyablement bas. Tandis que le monde entier se calfeutrait, le retour des beaux jours et la saison du hanami poussaient les Japonais à prendre l'air. Moi, je suis allé visiter le château d'Odawara, et cette sortie m'a fait le plus grand bien. J'ai marché au bord de la mer, je me suis imprégné de Soleil et empli d'air frais. Je me doutais que ça ne durerait sans doute pas ainsi, et je voulais en profiter tant que je pouvais. A l'instar des Japonais, je commençais à nourrir une sérieuse méfiance envers les chiffres officiels, mais m'enfermer dans un appartement de 3 m² alors que personne ne me le demandait aurait relevé davantage du masochisme paranoïaque que de la prévention sanitaire. J'ai pu apprécier le soufre de Kusatsu onsen, les sakura ont fleuri, que du bonheur.
Enfin, sous la pression internationale, le gouvernement a fini par se résoudre à reporter les Jeux olympiques. Soudainement, le nombre d'infection a décollé. C'était donc ça. Il n'y avait plus de raison de manipuler les statistiques, et des chiffres un peu plus réalistes ont commencé à sortir. Les Japonais ont ainsi pu prendre conscience de l'ampleur de la crise, surtout quand Ken Shimura, un célèbre comédien, est mort du coronavirus.
J'ai ensuite retrouvé le chemin de l'école. Les mesures de distanciation sociale ont bien sûr été reconduites, et les masques hygiéniques qui jusqu'ici n'étaient que recommandés sont devenus obligatoires. En raison de la pénurie dans les magasins, il a fallu passer commande sur internet. Mais à part ça, nous avons commencé à préparer la rentrée comme si de rien n'était. Réunions, accueil des nouveaux profs, réunions, répartitions des tâches, planification des cours, réunions... J'avais l'impression que nous étions hors du monde, dans une espèce de bulle artificielle (dans le sens de "mensongère"). Pourtant, il a bien fallu accepter de regarder la réalité en face : il était inenvisageable de reprendre les cours normalement. La cérémonie d'accueil des nouveaux élèves a été maintenue, mais la direction a décidé de ne pas faire revenir les enfants à l'école ensuite.
Qu'est-ce que cette cérémonie d'accueil ? On pourrait dire que c'est un peu comme la rentrée, mais en fait c'est plus compliqué que ça. Vous savez peut-être que les Japonais sont très attachés aux notions de rituel et de protocole. Moi aussi, dans une (largement) moindre mesure. On n'imagine pas commencer quelque chose (un repas, une réunion, un nouveau travail, une nouvelle école...) sans l'annoncer officiellement. Pour les élèves déjà présents auparavant, pas de problème, mais impossible de débuter les leçons pour les nouveaux élèves sans les avoir officiellement intronisés en tant que membres de l'école. Cette cérémonie est très solennelle et même, je l'avoue, assez émouvante. Sauf que cette année, on a dû considérablement alléger le contenu, réduit à son strict minimum. Dans le gymnase, toutes les chaises étaient espacées d'un mètre. J'ai vu la photo d'une cérémonie équivalente pour accueillir les nouveaux employés dans une entreprise, et là, les chaises étaient carrément séparées de deux mètres, ça fait vraiment bizarre. A l'école, c'était bien entendu masque obligatoire pour tout le monde et désinfection des mains à l'entrée. Dès que les parents ont quitté les lieux, on a complètement désinfecté le gymnase, et même les chaises ont été passées à l'antivirus.
Soit dit en passant, même si, comme je l'ai dit, les chiffres sont probablement faussés, quand on voit les précautions prises, on comprend que le virus ait du mal à s'implanter dans le pays !
Suite à cette cérémonie, les enfants n'ont donc pas fait leur rentrée normale. A la place, nous avons changé tous nos plans pour concevoir des cours en ligne. Je passerai rapidement sur l'incompétence de nos supérieurs hiérarchiques qui n'ont jamais réfléchi à ce que signifie et ce qu'implique l'enseignement à distance. Pour ma direction, on peut faire un cours en direct devant un écran d'ordinateur pour une soixantaine d'élèves en même temps, sans avoir le moindre retour - ni par micro, ni par webcam, ni même par chat - sur ce que les enfants reçoivent (ou pas), pas de problème, on y va. Au lieu de saisir les réelles opportunités que nous ouvrirait ce contexte imposé, nos supérieurs nous obligent à reproduire en ligne la situation didactique d'une salle de classe alors que la configuration n'a évidemment rien à voir. Tout ça parce que ces imbéciles obtus sont incapables de se remettre en cause, qu'ils sont convaincus qu'ils ont toujours raison, et qu'ils éprouvent une angoisse incommensurable à l'idée de changer de paradigme. Je ne m'étendrai pas davantage mais l'incompétence qui nous gouverne me fait parfois fulminer. C'est pas toujours facile de changer le monde !
En plus, pour rappel, une des raisons pour lesquelles j'ai quitté mon ancien travail (dans le doublage), c'est que j'en avais assez de passer mes journées tout seul devant un ordinateur. Une salle de classe, je n'ai rien trouvé de mieux pour reprendre contact avec l'humanité. Mais aujourd'hui, je me retrouve à passer mes journées tout seul devant un ordinateur...
Entre temps, l'état d'urgence a été décrété dans sept préfectures dont celle de Chiba, où j'habite et travaille. Rien de commun toutefois avec le confinement tel que vous pouvez le vivre. La loi japonaise ne peut pas interdire aux citoyens de circuler librement, aussi les autorités ne peuvent que préconiser certaines mesures. Les commerces non indispensables sont invités à baisser le rideau, le télétravail est encouragé, certains lieux comme les hôtels peuvent être réquisitionnés au besoin, ce genre de chose. La dernière fois que j'ai pris le train dans Tôkyô, franchement, on ne voyait pas beaucoup de différences. Si votre entreprise vous demande de continuer à venir travailler, vous n'avez pas vraiment le choix, et quand on connait la difficulté (sus-mentionnée) des Japonais à changer leurs habitudes, on devine que de nombreux employeurs ont du mal à s'adapter. Ceci dit, afin de déclencher les changements nécessaires dans nos modes de vie, si les autorités ne peuvent pas verbaliser, elles disposent néanmoins d'une arme de taille : le nom des sociétés qui ne se seront pas pliées aux principes de la distanciation sociale sera rendu publique. Si vous voulez effrayer un patron japonais, rien de tel qu'une publicité négative.

A Nagareyama de toute façon, virus ou pas, c'est toujours très calme, alors là non plus, je n'observe pas de changement radical, c'est pas moins mort que d'habitude. Dans la rue en tout cas, parce que l'autre jour, je me suis rendu dans le grand et unique centre commercial près de chez moi, et seuls le supermarché et les traiteurs étaient ouverts. Tout le reste était plongé dans une étrange semi-obscurité silencieuse, comme vous pouvez voir sur ces photos. Aux caisses du supermarché, des bâches en plastique transparent étaient tendues entre les clients et les employés, et au moment de payer on se croirait un peu dans une bulle stérile pour enfant immunodéficient. Dans la rue, on entend régulièrement les hautparleurs demander aux gens de rester chez eux. Malgré ça, dans les parcs, on se croirait en vacances : les jeunes jouent au basket, les familles se promènent et les enfants s'amusent sur la balançoire tous ensemble, les employés municipaux tondent et élaguent... Hallucinant. D'ordinaire, j'essaye d'éviter les poncifs sur le Japon mais celui-ci s'impose : terre de contraste...
Nous, à l'école, on nous demande de venir obligatoirement deux fois par semaine, les jours où ces fameux cours en ligne sont dispensés, mais à part ça, c'est comme on veut. L'objectif est d'éviter de nous faire prendre le train. N'y voyez pas là une réelle inquiétude pour la santé des profs, ou encore moins la marque d'une grande générosité : c'est juste la crainte de la publicité négative. Moi, comme j'habite à une vingtaine de minutes à pied de l'école, je compte m'y rendre de temps en temps, c'est tout de même plus facile pour préparer mes cours. Mes trajets actuels se résument donc à la maison-l'école/l'école-la maison, sans passer par la case supermarché puisque j'ai de quoi tenir encore un peu en évitant la société. Et je m'accorde un jogging de temps en temps pour ne pas devenir fou.
Voilà où on en est à ce jour. Cette situation est prévue pour durer jusqu'à après la Golden Week, c'est-à-dire jusqu'à début mai, mais vous savez mieux que personne à quel point les choses peuvent évoluer très vite et pas toujours dans le bon sens. La preuve : au moment où je rédige cet article, l'état d'urgence vient d'être étendu au pays tout entier.
Bon courage à tous, je pense à vous.

samedi 4 avril 2020

Le temps des cerisiers

L'hiver ayant été particulièrement doux cette année, les sakura sont arrivés en avance.
Satané virus oblige, Yuriko Koike, la gouverneur de Tôkyô, a demandé aux Japonais de s'abstenir exceptionnellement de faire le hanami. Mais, même pour une population habituellement réputée docile et obéissante, une telle requête, c'est un peu comme demander aux Parisiens de rester chez eux au lieu d'aller aux Buttes-Chaumont alors qu'il fait super beau... Peu d'espoir d'être entendue, et si c'est vrai qu'il y a eu moins de piqueniques sous les arbres ces dernières semaines, c'était hallucinant de voir tant de gens dans les parcs alors qu'ailleurs le monde entier se calfeutrait.
En ce qui me concerne, je suis d'abord allé visiter le Shinjuku Gyoen, un parc immense que je ne connaissais pas. Nous n'étions pas encore tout à fait au cœur de la floraison, mais les fleurs étaient malgré tout déjà très épanouies. La particularité de ce parc, c'est que les cerisiers qu'on y trouve appartiennent à de nombreuses espèces différentes. Les fleurs présentent donc tout une gamme de nuances allant du blanc éclatant au fuchsia profond, en passant par le rose persan. Les silhouettes des arbres sont également très variées, entre ceux qui dressent de robustes branches vers le ciel azurin ce jour-là, ou bien ceux qui retombent comme sous le poids de leur beauté tels des saules pleureurs chargés des nostalgies passées, présentes et futures que notre cœur embaumé veut bien leur conférer. Ce paysage chamarré est un des plus émouvant qu'il m'ait été donné de voir.
Quelques jours plus tard, je suis allé me promener dans un cimetière. Drôle d'endroit pour un hanami, pourrait-on penser. Oui, mais figurez-vous que j'y ai tout de même vu quelques familles qui piqueniquaient, installées sur les bancs ! Au moins, on peut dire que les lieux sont très calmes. Loin de dégager une atmosphère austère et funeste, le cimetière en question offrait au contraire une sorte de sérénité qui s'accordait finalement assez bien au recueillement auquel invite la contemplation des fleurs. Nous étions alors au pic de la floraison, et il était impossible de faire la différence entre les gens venus se recueillir sur une tombe et ceux qui étaient ici pour admirer les sakura, puisque personne, absolument personne, ne pouvait résister à l'envie de photographier ces merveilles naturelles, le regard étincelant d'admiration.
Pour finir, j'ai fait un petit tour sur les rives de l'étang du parc Inokashira, où naviguent de nombreuses embarcations en forme de cygne. C'était littéralement magique, on se serait vraiment cru dans un conte de fée. Mais le ciel s'est couvert durant cette après-midi, et deux jours plus tard, il a neigé, pour la première fois de l'hiver ! Une petite neige qui a aussitôt fondu, mais quelle rencontre incroyable, les fragiles pétales des cerisiers et les délicats flocons blancs ! Je regrette un peu de n'avoir pas pu immortaliser cette conjonction astrale improbable, mais ces images extraordinaires resteront longtemps imprimées dans le secret de mes yeux.
Les plus belles photographies sont peut-être celles qui n'ont pas été prises, mais voici cependant mes meilleures images de cette année.