mercredi 31 août 2022

La France de mon enfance

 Début aout, je suis allé passer deux semaines en France. Cela faisait plus de trois ans que je ne m'y étais pas rendu. Je ne vous raconterai pas tout mon voyage, mais je me contenterai de vous livrer les impressions d'un Français expatrié sur son propre pays. L'occasion de constater les effets du temps et de l'éloignement...
Je ne suis pas japonais, et je ne le serai jamais, mais il faut croire que je me suis bien habitué à la vie japonaise, si j'en juge par le nombre de surprises que j'ai eues en revenant sur ma terre natale. Voici une liste, en vrac et non exhaustive, des choses que je ne connaissais pas sur mon propre pays, ou que j'avais oubliées, des choses qui ont changé depuis que j'ai quitté la France, que ce soit des changements factuels, ou bien des changements dans ma perception. Le tout accompagné de photos, elles aussi en vrac, prises lors de mon périple.
Dès l'aéroport, c'est une évidence : tout le monde est tatoué ! Il faut dire que les deux dernières fois où j'étais venu, c'était en hiver, quand les corps sont couverts, et que je n'avais pas pu remarquer toutes ces images qui ornent bras et jambes. Je ne suis pas choqué puisque je suis moi-même tatoué, comme à peu près tous les membres de ma famille, sans parler de ma nièce qui à elle seule comptabilise une dizaine de tatouages. Mais au Japon, le tatouage est la marque des yakuzas, et c'est pourquoi il est plutôt mal vu. Beaucoup de onsen vont jusqu'à interdire l'entrée aux personnes tatouées. Les tatouages sont donc très rares. Quelle surprise de voir à quel point ils se sont banalisés en France ! Par contre, au Japon, la tendance est aux tatouages éphémères. Une évolution ou un simple effet de mode ? Difficile à dire : les choses changent tellement vite, ici aussi.



Je n'ignorais pas les pics de chaleurs que la France a connu cet été, je l'avais lu dans les journaux, mais franchement, je m'attendais à pire, surtout en écoutant les Français s'en plaindre. Au Japon, la température n'est pas forcément plus élevée, mais le taux d'humidité est tellement important que le ressenti est beaucoup plus fort. Mes chers compatriotes, vous ne savez pas ce que ça veut dire que d'avoir chaud ! Je vous promets, ce que j'ai vu chez vous, c'est l'été, tout simplement, alors que chez moi, c'est juste comme si la rue était un hammam, et encore, j'ai connu des hammams plus frais.
Dans les escalators, les gens se placent à droite, probablement par mimétisme spontané de la circulation automobile. Mais au Japon, on roule à gauche, et on se place donc à gauche dans les escalators. J'avais déjà pu remarquer ce décalage quand mon père était venu me voir au Japon, mais cette fois-ci, il a fallu que je corrige cet automatisme sur moi-même.
Alors que je suis loin de parler couramment le japonais, l'immersion en terre nippone crée tout de même des réflexes. Ainsi, je me suis surpris, à plusieurs reprises, à commencer mes phrases en japonais, en particulier lorsque je m'adressais à des commerçants. J'espère quand même avoir évité l'effet Jean-Claude Van Damme (vous savez, le cocaïnomane aware belge qui se prend pour un Américain au point d'en oublier sa langue maternelle).
Au Japon, on enlève ses chaussures pour pénétrer chez quelqu'un. C'est un réflexe, tout le monde le fait. Même l'ouvrier qui vient installer la clim' chez vous se déchausse avant d'entrer, il serait sacrément grossier de faire autrement. De plus, on trouve toujours une paire de chaussons à l'entrée des toilettes, chaussons qui ne doivent servir que dans ce lieu. En France, la plupart du temps, c'est un peu comme on le sent. La dernière fois que j'étais venu, c'était avec ma compagne japonaise, et elle avait été très déstabilisée de voir que dans un même espace, certaines personnes pouvaient garder leurs chaussures alors que d'autres étaient en chaussons ou en chaussettes. Cette fois-ci, j'étais seul, mais ce regard, je me suis rendu compte que je l'avais intégré. A mon tour, je passais mon temps à me demander si je devais enlever mes chaussures ou pas. A chaque fois que j'allais aux toilettes en particulier, j'avais le réflexe de chercher où étaient les chaussons. Et puis tant que je parle des toilettes : la lunette froide, ça aussi c'est un détail que j'avais oublié.
Dans les magasins japonais, les prix sont indiqués hors-taxes, et il faut toujours prévoir que le total sera légèrement supérieur à la simple addition de tous les prix. Quand je faisais mes achats en France, il y avait souvent une demi-seconde, au moment de passer en caisse, où je me demandais pourquoi on me demandait de payer le prix indiqué !
A l'époque où je vivais en France, quand on voulait prendre un rendez-vous chez le médecin, on lui téléphonait et on voyait ça directement avec lui ou sa secrétaire. D'après ce que j'ai cru comprendre, ça ne marche plus comme ça ! Vous devez prendre rendez-vous sur Doctolib, c'est ça ? Je crois que si un jour, je revenais habiter en France, il me faudrait un temps d'adaptation, parce que je me sentirais perdu comme... comme un Français qui arrive au Japon !
Même la façon d'acheter un billet de train a changé ! Au moment de la réservation, vous devez donner votre nom et votre adresse email, et on vous attribue un siège, fini le placement libre. Je ne critique pas, mais c'est juste que c'est nouveau pour moi et que je ne sais plus comment m'y prendre même pour ces simples démarches de la vie quotidienne. C'est jusqu'à la forme du billet de train qui a changé. Et à propos du train : j'ai dû faire le trajet entre Rouen et Paris des milliers de fois dans ma vie. Je m'étais imaginé que cette fois, j'étais en terre connue, que j'allais retrouver tous mes repères, tous mes souvenirs. Bon sang, non, je ne reconnaissais rien ! Tout a tellement changé ! Au fur et à mesure que le nouveau paysage se déroulait devant mes yeux, je réalisais que bien évidemment, le temps ne s'était pas figé en mon absence. En France aussi, la vie a continué, et aujourd'hui, je peine à reconnaitre la France de mon enfance... Et puis, pour finir au sujet du train : beaucoup plus cher qu'autrefois et beaucoup plus lent, c'est quoi ce délire ?!
Mais en France, il y aussi des choses qui n'ont pas changé, et que j'étais content de retrouver. Dans cette catégorie, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est la beauté des paysages de Dordogne. J'en gardais un souvenir éblouissant et je n'ai pas été déçu. Ce qui a changé, c'est que j'ai passé mon temps à prendre des photos, les yeux pleins d'étoiles, comme... comme un touriste japonais !
Ah, et le fromage français ! Je m'en suis fait une véritable cure, c'était orgiaque, indécent ! Et le pain, les croissants ! Et le flan ! Et la gastronomie du Périgord ! Fatal : en deux semaines, j'ai pris trois kilos. On va dire trois kilos de bonheur, mais quand même, dès mon retour chez moi, sport et régime obligatoires.
Encore une anecdote, en vrac : ma visite à Carrefour. Oh, miracle, je pouvais lire les étiquettes ! Je comprenais tout ! Et puis surtout : je reconnaissais beaucoup de produits qui faisaient parti de mon quotidien, et qui sont, on s'en doute, totalement sortis de ma vie. Je n'ai pas résisté à l'envie de m'acheter mon cher "gel douche surgras Cadum au beurre de karité" (et je manquais de place dans mon sac à dos pour y glisser le même version "noix de coco" !). Son parfum sur ma peau m'a pratiquement fait l'effet d'une madeleine de Proust. Tous ces produits de toilette aux parfums que j'adore (du lait après-soleil au monoï !), on ne les trouve pas au Japon, alors si vous manquez d'idée de cadeau pour quand vous viendrez me voir, fini les bouquins, de la simple crème hydratante fera mon bonheur !
Nan, je déconne : les bouquins, j'en ai acheté une dizaine, et c'est, là encore, la place dans mon sac qui m'a obligé à me limiter. J'ai beau avoir trouvé un bon rayon de livres français dans une librairie de Shinjuku, c'est pas la Fnac non plus, alors là, je me sentais comme... comme un enfant au rayon jouets en pleine période de Noël.
En deux semaines, j'ai littéralement fait le tour de France : Paris, Neuilly-Plaisance, Grenoble, Gap, Pertuis, Marseille, la Dordogne, Rouen et retour à Paris. Rouen et Paris n'ont pas trop changé, et j'ai retrouvé des souvenirs à chaque coin de rue. Pas vraiment de tout repos en tout cas, surtout qu'au milieu de tout ça, j'ai réussi à glisser des cours en ligne pour ne pas perdre contact avec mes apprenants (et pour ne pas perdre trop d'argent, aussi). J'ai tout de même pu voir quelques amis, et j'aurais tellement aimé en voir d'autres. Mais cette fois-ci, la priorité était à ma famille, et je suis vraiment heureux de m'être posé au calme parmi les miens. Malgré tous les changements, il y a des repères, des racines, sur qui on peut toujours compter.
Pourtant, je dois avouer que parfois, le fait de me sentir perdu là où je me suis senti chez moi pendant plus de 40 ans, ça m'a fichu un petit coup au moral. Ce trajet Rouen/Paris, surtout, m'a remué. Ca me semble clair, maintenant : pour moi, la France, c'est du passé. Je veux dire : c'est mon passé. Un beau passé, un passé qui n'est pas passé inaperçu, mais j'ai tellement trouvé mon équilibre au Japon que c'est bien au Soleil Levant que j'apprécie mon présent, voire même que j'envisage mon futur, si tant est que je pense à mon futur.

mercredi 27 juillet 2022

L'été sera chaud

 Au Japon comme en France, le climat a tourné maboul. Quand je dis que l'été sera chaud, je veux dire : dorénavant, l'été sera chaud...

L'été est toujours extrêmement chaud au Japon, chaud et humide, c'est un climat quasiment tropical. Même les Japonais semblent surpris chaque année, et s'exclament en boucle "Il fait chaud !" dès le mois de juin, comme si c'était inhabituel. Sauf que cette année, en effet, c'est inhabituel. Fin juin, nous avons battu des records de chaleur. Dans la foulée, la saison des pluies (qui s'étend normalement de début juin à mi-juillet) a été déclarée officiellement terminée... avec 22 jours d'avance ! C'est la première fois depuis que les relevés météo sont enregistrés.

Moi, tout heureux de voir la pluie s'arrêter si tôt, j'ai foncé à la plage. Deux heures de train jusqu'à une petite gare de campagne, auto-stop, et enfin la mer devant moi. Le bonheur à l'état naturel. Petite baignade, l'eau était encore un peu fraiche. Puis je me suis oint de crème en pensant à la chanson de Richard Gotainer (voir plus bas), avant de m'endormir sur le sable. Et je me suis réveillé en me disant : "Saperlipopette, il fait pas un peu chaud, là ? Allez, il est temps de rentrer." Auto-stop, deux heures de train, puis retour à la maison content content comme un Adonis (seuls les initiés saisiront la référence, n'est-ce pas mon frère ?😉). Je me dessape pour prendre ma douche, je croise le miroir et là, j'étouffe un cri. Pendant une seconde, j'ai cru qu'une créature s'était introduite chez moi. Quelque chose comme une écrevisse géante bien cuite, ou Elmo, ou Hellboy. Un truc très rouge en tout cas. Mais non, ce n'était que mon reflet. Je n'ai pas bronzé, j'ai brulé. Je ne vous montrerai pas la marque du maillot, mais vous ne serez pas surpris si je vous dis que pendant au moins les deux semaines qui ont suivi, je me suis enlevé des lambeaux de peau comme dans le film La mouche. Oui, c'est un peu dégoutant.


Et puis vous savez quoi ? Au moment où la saison des pluies aurait normalement dû s'arrêter... elle a recommencé ! Du coup, fini la plage, direction le musée. J'ai vu une magnifique exposition de peintures sur le thème "Dialogue avec la nature" : Monet, Van Gogh, Friedrich, Gustave Moreau, beaucoup d'autres, uniquement des chefs-d'œuvre. Outre le bonheur oculaire et cérébral d'une telle contemplation, ce qui m'a fait bizarre, c'est de pouvoir admirer les plages de ma Normandie natale et la cathédrale de Rouen sans quitter Tôkyô.
Art...



Mais l'air iodé me manquait, alors dès que ça a été possible, je suis allé à Yokohama. Tôkyô a beau être une ville portuaire, on n'y voit pas beaucoup la mer, et pour se sentir proche de la grande bleue, rien ne vaut une petite balade à Yokohama, juste en dessous de la capitale. Je voulais voir le robot géant installé sur les quais. En France, la série Gundam n'est pas aussi connue qu'a pu l'être Goldorak en son temps, ou Evangelion plus récemment, mais au Japon, ça reste une franchise très populaire, à tel point qu'un nouveau robot tiré de la série vient d'être construit (il y en avait déjà un dans le quartier d'Odaiba, posé comme une statue géante devant le centre commercial). Outre sa taille impressionnante (18 mètres), ce robot a la particularité d'être entièrement animé. Bon, il bouge carrément au ralenti, c'est clair, il faut pas compter sur lui pour défendre la Terre. Mais il est joli. Joli mais chiant, à vrai dire. Le supplément à payer pour prendre l'ascenseur et le voir de près est une vraie arnaque. Il n'y a rien à voir de près, surtout si le robot avance à ce moment-là, et qu'on ne le voit plus que de dos. Déçu, donc.




Pour se consoler, autant profiter d'être à Yokohama pour se rendre dans le fameux quartier chinois et manger du canard laqué à volonté. Le grand luxe.

Voilà donc mon début d'été au Japon. L'année dernière, je passais toutes mes nuits en sueurs, alors cette année, je me suis fait installer la clim'. Je sais que ce n'est pas bon pour la planète, et j'essaye de l'utiliser le moins possible, mais cette chaleur est tellement inédite. Je suis loin d'être un citoyen modèle. Je n'ai pas de voiture, je ne bouge qu'en vélo ou en transport en commun, je ne mange pas de viande à tous les repas, je réfrène également ma consommation de poisson, je garde mes fringues le plus longtemps possible, je prends rarement l'avion... J'aurais encore tellement de choses à améliorer. Hélas, on sait bien maintenant que les "petits gestes" du quotidien ne suffiront pas. Tous les experts le disent : la société a besoin d'un changement radical pour espérer préserver un tant soit peu la vie sur Terre, mais force est de constater que ce changement ne pointe pas le bout de son nez.
Je n'approuve pas à 100% les actions du groupe Dernière Rénovation, mais leur existence a le mérite de nous interpeler. La jeune Alizée qui s'enchaine au filet à Roland Garros, je la considère un peu comme un modèle pour les générations futures : la jeunesse qui dit non. Face à son geste, la réaction du public est choquante : Alizée a été sifflée et huée. Je comprends qu'on soit gêné, on a payé cher sa place pour voir le match, mais quand même, se donner quelques instants pour essayer de comprendre le message que ce groupe d'activistes cherche à faire passer, profiter de l'occasion pour prendre du recul et réfléchir, ça ne me semble pas trop demander à mes concitoyens, face à une jeune fille qui va passer 40 heures en garde à vue pour avoir interrompu un match pendant 15 minutes. Elle devrait presque faire figure d'héroïne. Mais non, elle est sifflée. Les gens veulent voir leur match. On ne pourra pas sauver l'humanité contre elle-même. On va tous griller. L'été sera chaud.



mercredi 15 juin 2022

Les gorges de Nishizawa

 Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous savez à quel point j'aime marcher en montagne. Et depuis qu'on a coupé les arbres devant chez moi, mon besoin de nature se faisait encore plus pressant, ces derniers temps. Je suis donc reparti faire le plein de verdure.

Depuis longtemps, j'avais repéré un endroit qui me tentait beaucoup, les gorges de Nishizawa (qu'on appelle aussi la vallée de Nishizawa). Pour une fois, ce ne sont pas les restrictions liées au coronavirus qui ont retardé le projet de m'y rendre, mais le fait que des glissements de terrain avaient rendu le sentier totalement impraticable. J'ai donc patienté, en surveillant régulièrement l'avancée des travaux de rénovation. Ensuite, il m'a encore fallu faire coïncider un jour de beau temps avec un jour où je n'avais pas de cours, ce qui, en ce début de saison des pluies devient de moins en moins évident. Dès qu'une fenêtre s'est ouverte, je me suis précipité.
Il faut vraiment être motivé pour se rendre là-bas. Debout à 4h30, presque trois heures de train jusqu'à la gare de Yamanashi-shi, puis encore une heure de bus à travers la campagne. C'est qu'il ne faut pas le rater, le bus, parce qu'il n'y en a que quatre ou cinq par jour ! Dans le bus, à part moi, seulement trois ou quatre retraités (japonais, cela va de soi, peu d'étrangers se rendent jusqu'à Nishizawa), tous équipés de bonnes chaussures de rando, comme moi.
Enfin on arrive au parking qui marque l'entrée du sentier.
Et c'est parti.
Et là, en fait, je n'ai plus grand-chose à vous dire.
On met un pied devant l'autre et on respire bien fort, c'est tout.
Quand l'air de la montagne, bien plus frais que celui de la capitale, pénètre vos poumons, on a le sentiment de se nettoyer de l'intérieur. L'humidité est vivifiante. Une promenade en forêt, au Japon, on appelle ça un "bain de forêt", et c'est une thérapie recommandée pour conserver une bonne santé. Pour moi, c'est aussi une question d'hygiène mentale.
Le sentier longe une rivière où les cascades se succèdent les unes aux autres. Le brouhaha des remous ne vous quitte pas, comme un impétueux manifeste du torrent célébrant l'indompté. Le chemin est étroit, parfois abrupt, on glisse sur les rochers, on patauge dans la gadoue. Certains passages ne peuvent se franchir qu'à l'aide d'une échelle, on progresse de tout son corps. Oui, on peut le dire : plus c'est dur plus c'est bon !
Les travaux ne sont pas encore terminés, et au bout du chemin, la dernière cascade, la plus belle parait-il, est toujours inaccessible. Je le savais avant de venir, mais je me suis suffisamment rechargé d'essentiel pour ne pas me sentir frustré.
La redescente est vraiment pépère, on voudrait même souffrir un peu plus. Quand le soleil se met à chauffer les arbres, les cigales entonnent un chant dans lequel j'entends à la fois la puissance et la fragilité de notre planète. Sa beauté, aussi.
Je me trouve une vieille gargote sombre et déserte pour me régaler d'une soupe de sobas et tempuras bien méritée, en attendant le bus du retour. Bus dans lequel je suis seul, cette fois, tout le long du trajet. Étrange atmosphère. Un singe traverse la route. Pour les Japonais, c'est aussi banal que, pour nous, de voir un lapin. Pour moi, ça reste extraordinaire.

Je rentre chez moi en poussant un gros "ah, ça fait du bien !" et je m'effondre comme une masse sur mon lit, en rêvant déjà de retourner là-bas quand les travaux seront finis, pour pouvoir marcher jusqu'au bout du chemin.







jeudi 9 juin 2022

Le restaurant Nautilus

 On trouve une floppée de restaurants à thème à Tôkyô. Je vous en avais déjà présenté quelques-uns, ici ou là. Certains ne me tentent pas du tout, comme le fameux restaurant prison. Pour d'autres, j'ai le coup de foudre dès que je tombe sur des photos, comme ça a été le cas pour le Nautilus. C'est donc là que j'ai réservé pour mon anniversaire.
Cet établissement n'est pas très grand, et il est composé de petits espaces privatifs, dans lesquels on peut prendre place à quatre ou cinq maximum. L'exigüité des salles est compensée par la multitude de miroirs sur les murs et au plafond. La particularité du lieu, c'est qu'à chaque table se trouve un aquarium de belle taille, face auquel on s'installe. Pendant tout le repas, on peut donc observer les poissons et quelques coquillages, dans une ambiance apaisante et un peu onirique.
La cuisine est d'inspiration française : foie gras, soupe de poisson, canard à la moutarde à l'ancienne, spaghettis aux truffes... Il y a même un trou normand ! (enfin, genre...) C'est copieux et délicieux, de la vraie gastronomie. Certes, ça coute un bras, mais bon, on n'a pas tous les jours 20 ans ! (et quelques...😏)









mardi 17 mai 2022

Le réservoir souterrain

 Pas très loin de chez moi, entre les rivières Edogawa et Ootoshifurutone, il existe une grande aire traversée par plusieurs cours d'eau, qui s'étend jusqu'à la baie de Tôkyô, et qui se trouve être en cuvette, et donc facilement inondable. Pour limiter les catastrophes, un immense réseau de pompage souterrain a été construit, afin de réguler le débit de tous ces cours d'eau. Le réseau inclut de gigantesques réservoirs où l'eau peut s'accumuler, et ainsi préserver les secteurs habités, en cas de fortes pluies. Je suis allé visiter cette installation incroyable, le Ryûkyûkan, qui mérite bien son surnom de temple souterrain.
La visite commence par une vue sur la salle de contrôle, accompagnée d'explications techniques.


Ensuite, on sort du bâtiment principal, situé en pleine zone rurale. Qui pourrait soupçonner ce qui se trouve sous cette vaste pelouse ?



On arrive à ce qui ressemble à un petit bunker, d'où on accède à un escalier, on descend, et là, on est époustouflé, inévitablement époustouflé. Quelques chiffres : 18 mètres de haut, 78 mètres de large, 177 mètres de long. Le réservoir principal est une véritable cathédrale de béton.
Ensuite, on accède au puits numéro un (il y en a cinq jusqu'à la rivière Ootoshifurutone), qui sert, lui aussi, à stocker le surplus de précipitations. Encore quelques chiffres : 31 mètres de diamètre (intérieur), 71 mètres de profondeur. Je peux vous dire que ça donne le vertige !
D'après ce que j'ai compris, ce site est un des plus grands au monde dans sa catégorie, si ce n'est le plus grand. En matière de prévention des catastrophes naturelles, le Japon a une longue histoire, et est plutôt bien équipé.
Outre la démesure du site, il y a une autre chose que j'ai appréciée, plus surprenante, plus personnelle, c'est l'aspect esthétique. Non, on ne peut pas vraiment dire que ce soit beau, mais j'ai appris à apprécier la couleur du béton brut, et utilisé ainsi, ça confère une atmosphère tout à fait unique au décor, sobre et, d'une certaine façon, chic. Et dans le puits, les traces d'humidité forment des dégoulinures dans tous les tons de vert et de marron. Là encore, j'ai du mal à parler de beauté, surtout que la moisissure a des connotations d'insalubrité, mais force est de constater que cette vision n'est pas désagréable à l'œil.
En tout cas, une visite originale et impressionnante.